Arabie saoudite : un an après la flagellation de Raif Badawi

Raif Badawi et sa famille © Privée
Raif Badawi et sa famille © Privée

[08/01/2016]

08/01/2016

 

Le 9 janvier 2015, Raif Badawi recevait en public, sur une place de Djedda, 50 coups de bâton. Cette flagellation faisait partie d’une condamnation à 10 ans de prison et 1000 coups de fouets pour « insulte à l’Islam » en réalité pour avoir créé un forum en ligne dédié au débat public. Les autres flagellations ont été reportées, initialement pour raisons médicales, ensuite pour des raisons inconnues. A la veille de ce triste anniversaire, l'ambassade d'Arabie saoudite en France a refusé de recevoir les pétitions de plus de 170 000 personnes.

Depuis cette date, l’Arabie saoudite s’est caractérisée par sa répression persistante et généralisée visant les militants des droits humains, ses nombreuses exécutions et une campagne de frappes aériennes au Yémen accompagnée de crimes de guerre. 

L’année 2016 s’annonce, elle aussi, catastrophique avec l’exécution le 2 janvier dernier de 47 personnes, dont plusieurs opposants pacifiques. 

 

LE SORT DES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS DANS CE PAYS

Malgré le tollé suscité dans le monde par la flagellation de ce célèbre blogueur, Raif Badawi et des dizaines de prisonniers d’opinion sont toujours derrière les barreaux en raison de leurs activités pacifiques.

Comme Raif Badawi, son avocat Waleed Abu al Khair, fut le premier défenseur des droits humains à être condamné à l'issue d'un procès inique au titre de la loi antiterroriste. 

Des dizaines d'autres ont été incarcérés au titre de cette loi en 2015, dont les défenseurs des droits humainsAbdulkareem al Khoder et Abdulrahman al Hamid, tous deux membres fondateurs de l'Association saoudienne des droits civils et politiques (ACPRA), association indépendante désormais dissoute. Ils ont eux aussi été condamnés à l'issue de procès iniques.

 

 

L'Arabie saoudite continue d'interdire les associations indépendantes de défense des droits humains et d'incarcérer leurs membres fondateurs, condamnés à de lourdes peines pour création d’« organisations non autorisées ». Tous les rassemblements publics, y compris les manifestations pacifiques, demeurent interdits aux termes d’un arrêté pris en 2011 par le ministère de l'Intérieur. 

 

LA LUTTE ANTITERRORISTE, PRÉTEXTE POUR EXÉCUTER LES DISSIDENTS

Les autorités se servent de la loi antiterroriste de 2014 et du Tribunal pénal spécial, tribunal antiterroriste de triste renommée, pour mettre un frein à toutes les formes de militantisme, notamment en condamnant à mort et en exécutant des militants chiites, comme le chef religieux Nimr al Nimr.

Ali al Nimr, le neveu de Nimr al Nimr, et les militants chiites Dawood al Marhoon et Abdullah al Zaher avaient moins de 18 ans lorsqu'ils ont été arrêtés. Tous trois ont été condamnés à mort à l'issue de procès manifestement iniques, uniquement sur la base d'« aveux » qui leur auraient été extorqués sous la torture.

Le tribunal a refusé d'enquêter sur leurs allégations de torture. L'Arabie saoudite a intensifié sa frénésie d'exécution et a mis à mort au moins 151 personnes entre janvier et novembre 2015 – le plus lourd bilan depuis 1995. Près de la moitié des personnes exécutées l'ont été pour des crimes qui ne devraient pas, d'après le droit international, être passibles de la peine de mort.

 

AU YÉMEN, DES CENTAINES DE MORTS CIVILS A CAUSE DES FRAPPES DE LA COALITION

L'Arabie saoudite a également pris la tête d'une coalition militaire qui, depuis mars 2015, a lancé des milliers de frappes aériennes dans les régions du Yémen contrôlées par le groupe armé houthi.

Ces frappes ont fait des centaines de morts parmi les civils et touché des infrastructures comme des centres de soins, des écoles, des usines, des centrales électriques, des ponts et des routes.

Ces frappes sont fréquemment disproportionnées ou menées sans discrimination, et auraient parfois pris pour cible directe des civils ou des biens à caractère civil.

* chiffres communiqués en novembre 2015 dans notre rapport "‘Bombs fall from the sky day and night’: Civilians under fire in northern Yemen"

 

 

LE SILENCE DES ALLIÉS OCCIDENTAUX DE L’ARABIE SAOUDITE

Certaines armes utilisées par les forces de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen qui ont touché des cibles civiles ont été produites ou conçues aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les gouvernements britannique et américain fournissent également un soutien logistique et des renseignements à la coalition.

Les alliés de l'Arabie saoudite doivent mettre à profit leurs relations étroites pour faire pression sur le gouvernement, notamment publiquement, afin qu'il améliore son bilan en termes de droits humains et se conforme au droit international.

Malgré la mobilisation mondiale pour la libération de Raif Badawi, les autorités européennes et les Etats-membres semblent avoir presque systématiquement privilégié leurs intérêts stratégiques et commerciaux au respect des droits humains dans leurs relations avec le royaume.

L’Union européenne et les Etats qui la composent doivent mettre en œuvre leurs engagements pour la défense et la promotion des droits humains, sauf à transformer ceux-ci en mots vides de sens. 

 

CONTINUEZ D'AGIR CONTRE LES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS EN ARABIE SAOUDITE

 

Envoyez un tweet au Roi Salman d'Arabie saoudite pour exiger la libération de Raif Badawi


Ecrivez un message de solidarité à Raif Badawi sur sa page Facebook animée par son épouse Ensaf Haidar


Signez la pétition pour demander la libération de Waleed Abu al-Khair, avocat qui a défendu de nombreuses victimes et militants des droits humains.