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Droits des femmes
16.05.2006
Crimes d'honneur

SOMMAIRE :

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Présentation : qu'est-ce que les "crimes d'honneur" ?




Le "crime d'honneur" ; crime commis contre des femmes au nom de l'honneur constitue un ensemble de violences -dont le meurtre en est la forme la plus extrême- infligée aux femmes par les membres de leurs familles.
Il s'agit de les punir pour une relation illicite, réelle ou supposée et/ou un "comportement immoral" : par exemple une simple discussion avec un voisin de sexe masculin.
Ces familles doivent sauver leur "honneur" en punissant la coupable; ce crime s'apparentant étroitement à la "vengeance dans le sang".


Ainsi meurent ou sont mutilées chaque année, des milliers de femmes et de filles, pour sauver l'honneur et laver dans le sang ce que considèrent la famille et la communauté comme une offense ; et ce dans un grand nombre de pays.
Beaucoup d'entre elles vivent en Turquie, au Pakistan ou en Jordanie ; mais aussi en Europe où l'on constate cette pratique au sein des communautés immigrées.
Ainsi, en mai 1999, le tribunal de Nottingham au Royaume Uni a condamné à la réclusion à perpétuité une femme pakistanaise et son fils pour le meurtre de leur fille (et sœur) : pour eux, elle avait sali l'honneur de la famille en ayant eu des relations sexuelles en dehors du mariage.

Ces punitions prennent des formes diverses : ces femmes sont reniées par leur famille, elles sont coupées de leur environnement social et risquent d'être exploitées. Elles sont enlevées, menacées. Beaucoup d'entre elles sont torturées, mutilées et défigurées à vie ; brûlées par l'acide ou immolées.
Dans la plupart des cas, les meurtres et les mutilations sont perpétrés par le mari, le père ou le frère de la femme qu'il considère comme coupable. La famille considère qu'elle a sali leur honneur et doivent donc être punies pour cette offense. Le fait que les femmes soient considérées comme un objet, une propriété contribue à cette forme de violence ; cette idée étant très enracinée dans les sociétés patriarcales. Ces crimes sont commis dans tous les milieux, et ne concernent pas seulement les régions rurales, mais également les villes et les milieux " éduqués ".

La perception de ce qui salit l'honneur est très vaste : en effet, la simple impression qu'une femme a enfreint le code de conduite sexuel est une atteinte à l'honneur. Aussi, le contrôle des hommes s'exerce à la fois sur le corps des femmes, mais aussi sur leur comportement, l'ensemble de leurs faits et gestes, leur déplacement et leur langage.
Les crimes d'honneur sont alors commis si une femme est soupçonnée d'avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage, si elle a exprimé le souhait d'épouser l'homme de son choix : cette attitude constitue un défi grave car c'est le père qui doit négocier le mariage et qui reçoit une compensation en échange de sa fille. Pour la communauté, lorsqu'une femme demande le divorce cet acte est un défi public. Enfin, une femme victime d'une agression sexuelle est considérée comme coupable ; l'homme a qui elle " appartenait " est la victime dont l'honneur a été souillé, elle a donc déshonorer sa famille et l'honneur ne peut être lavé que par sa mort.

La vie de ces femmes est ainsi régie par des traditions discriminatoires qui impliquent une séparation stricte des sexes, et une soumission aux hommes. La vulnérabilité des femmes est renforcée par le peu de lieux d'accueil et de refuges au sein de ces pays.
En outre, la quasi-totalité de ces crimes, restent impunis. L'isolement et la crainte ressentis par les femmes qui vivent sous cette menace, sont aggravés par l'indifférence de l'Etat et sa complicité. Au Pakistan, la police ne poursuit que rarement les responsables de ces crimes ; en effet, les policiers se comportent souvent en gardien de cette tradition et de la moralité sur laquelle se base de telles " punition ". D'ailleurs, les pères ont fréquemment recours à eux pour retrouver, arrêter et faire emprisonner leurs filles, afin que la famille puisse ensuite les punir en se faisant justice elle-même.
Lorsqu'il y a des poursuites, la justice ne condamne les auteurs qu'à de légères peines. En effet, les juges ont tendance à renforcer les normes coutumières discriminatoires, ils retiennent généralement des circonstances atténuantes, et les victimes n'ont jamais la possibilité d'être entendues. De plus, il existe encore toute une série de lois discriminatoires envers les femmes.



Ainsi, de nombreux Etats ne respectent pas les obligations qu'ils ont prises en ratifiant notamment la Convention contre toutes les Formes de Discrimination à l'égard des Femmes (CEDAW); et entre autre l'article 5 qui oblige les Etats à " modifier les comportements sociaux et culturels des hommes et des femmes ".
Par exemple, le gouvernement pakistanais n'a mis aucun programme en place pour informer les femmes de leurs droits légaux et constitutionnels. Il n'a pris aucune mesure pour empêcher de tels crimes et mettre un terme à cette pratique : l'impunité demeure.

 

 

 

 

 

  • Textes et documents

 

- TURQUIE : Halte aux violences sexuelles contre les femmes en détention !
Document public du mercredi 26 février 2003 (résumé)
Index AI : EUR 44/011/2003


- TURQUIE : Il faut mettre un terme aux violences sexuelles contre les femmes en détention
Communiqué de presse du mercredi 26 février 2003
Index AI : EUR 44/010/2003


- PAKISTAN : Le système de justice tribale
Document public d'Octobre 2002
Index AI : ASA 33/024/2002
SF 02 C0 389



- PAKISTAN : Les violences à l'encontre des femmes
Communiqué de presse du 17 avril 2002
Index AI : ASA 33/010/2002



- TORTURE : Ces femmes que l'on détruit
Index AI : ACT 40/003/2001
référence : 570.101
Rapport public du 6 mars 2001



- Femmes et jeunes filles tuées pour des questions d'honneur 1999
référence 540.791



- Pakistan : Aucun progrès n'a été accompli dans le domaine des droits des femmes 1998
Index AI : ASA 33/13/98



- Voir aussi la présentation de la conférence "STOP AUX CRIMES D'HONNEUR" co-organisée par le magazine Marie-Claire et Amnesty International en mars 2002.