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archives
19.09.2006
Sarajevo, mon amour



Esma, l'héroïne, mère célibataire.

 

 

 

Amnesty International s'associe à la sortie en salle le 20 septembre de ce film de Jasmila Zbanic, Ours d'Or au festival de Berlin 2006.

 

 

nouveau 19/09/2006
BOSNIE : Sévices sexuels
Des milliers de femmes bosniaques, croates de Bosnie et serbes de Bosnie ont été victimes de sévices sexuels commis par des combattants de tous bords.
La grande majorité d’entre elles n'a toujours pas obtenu justice.

SOUTENEZ NOTRE ACTION : AGISSEZ en adressant signant les appels aux ministres de la Justice : de la Republika Srpska et de la Fédération de Bosnie Herzégovine.


 

 



Synopsis : Esma, mère célibataire vit avec sa fille de douze ans, Sara, dans le Sarajevo d'après-guerre. Sara soit partir en excusion avec l'école, sa mère accepte un travail de serveuse dans une boite de nuit pour réunir l'argent nécessaire. Sara se lie d'amitié avec Samir qui, comme elle, n'a pas de père. Leurs pères sont des héros de guerre morts au combat. Cependant lorsque la fille aborde le sujet avec sa mère, Esma répond toujours de manière évasive. Sara a le sentiment qu'elle lui cache quelque chose. Les rapports tendus mère/fille à propos du père et les non-dits sur le passé.


Mère courage à Sarajevo
(Article à paraître dans La Chronique d'Amnesty de septembre)


Ce film de la réalisatrice Jasmila Zbanic s’ouvre sur des visages de femmes dans un groupe de parole, sur fond de llahijas (chansons dédiées à Dieu). Puis la caméra nous emmène dans une boîte de nuit à Sarajevo où d’autres femmes exhibent leurs corps au rythme trépidant d’un tube de turbo folk (genre musical né en Serbie sous l’ère Milosevic, souvent associé à la guerre, la mafia et la culture machiste). C’est là, dans ce night club malfamé, que travaille Esma, mère célibataire. Elle a accepté ce job de serveuse afin que sa fille Sara puisse participer à une excursion scolaire. Adolescente, écorchée vive, Sara flirte avec Samir qui est orphelin de père, comme elle. Des pères morts en héros à la guerre. Enfin, c’est ce qu’elle croit, c’est ce qu’elle dit. Le film accouchera d’une autre vérité.


Sarajevo mon amour (Grbavica) est une plongée dans la vie quotidienne de l’après-guerre en Bosnie où affleurent les blessures, la violence héritées du conflit, même dans les gestes les plus triviaux : lorsque le poissonnier assomme la truite qu’Esma a commandé pour l’anniversaire de sa fille, elle frissonne devant « la mise à mort » ; lorsqu’un personnage évoque le passé, il justifie les blancs de sa mémoire en expliquant « Si je devais me souvenir de tout je me flinguerai » ; lorsque le patron du night club apprend qu’il a perdu son ticket gagnant de loterie, il pète un câble, on sent qu’il tuerait pour ce bout de papier. La fille, interprétée par Luna Mijovic (13 ans), nous agace et nous émeut tour à tour. La mère jouée par Mirjana Kanovic, l’égérie des films d’Emir Kusturica (Papa est parti en voyage d’affaire, Underground…), excelle dans l’expression des « variations de l’âme ». Ni dans la vengeance ni dans le pardon, elle survit. « L’un des problèmes en Bosnie Herzégovine est que peu de gens se repentent de ce qui est arrive. Plus de 100 000 personnes ont été tuées, 1 000 000 expulsées – et pratiquement pas de pénitence, raconte la réalisatrice qui constate également que le sentiment de vengeance n’existe pratiquement pas, ce qui est une grande victoire pour notre société ».


Par petites touches sensibles, Jasmila Zbanic instille aussi de la tendresse.  Sarajevo, mon amour (Grbavica) est avant tout une histoire d’amour. Un amour qui n’est pas pur, parce qu’il a été mélangé de haine, de dégoût, de peur, de désespoir », analyse la réalisatrice qui a reçu l’Ours d’or au Festival de Berlin 2006 pour ce premier long-métrage.

Amnesty International s’associe à sa sortie en salle et participe à l’avant-première privée prévue à l’Unesco le 7 septembre à 19 h 30.
Aurélie Carton


La genèse de l'histoire selon Jasmila Zbanic dont c'est le premier long métrage :

"Lorsque la guerre a éclaté, j'étais contente parce que mes examens de maths étaient annulés. J'étais adolescente, ce qui m'intéressait le plus c'était le sexe, ou plutôt parler de sexe, rêver de sexe comme la plus haute manifestation de l'amour. Mais en 1992, tout a changé brusquement et j'ai réalisé que je vivais une guerre, dans laquelle le sexe était utilisé comme une arme de guerre pour humilier les femmes et provoquer la destruction d'une communauté ethnique !

20 000 femmes ont été systématiquement violées pendant la guerre en Bosnie. Je vivais à cent mètres de la ligne de front et pourtant c'était cette facette du conflit qui m'effrayait le plus. Dès lors, le viol et ses conséquences sont devenues pour moi une obession (...). Lorsque mon enfant est né (...), fruit de l'amour, J'ai reçu un immense choc. Je me suis demandé quel sens émotionnel cette maternité pouvait avoir pour une femme dont l'enfant avait été conçu dans la haine.

C'est à ce moment là que j'ai compris ce que j'attendais de Sarajevo, mon amour, et je l'ai écrit, entre deux tétées."

 

Voir nos pages sur la situation des femmes en Bosnie