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novembre 2007
Contenu
24.10.2007
Un contrôleur attendu au tournant
Au niveau onusien, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants existe depuis 1984. Un protocole facultatif a été adopté en 2002 afin de prévenir la torture et de permettre des visites inopinées de ces lieux. En France, ce devrait être chose faite début 2008 avec la loi créant un contrôleur général des lieux de privation de liberté. L’attente fut longue : le gouvernement a signé le protocole le 16 septembre 2005 mais a oublié de passer le relais au Parlement pour ratification.
Après une première piste esquissée fin 2006, un projet de loi a été débattu au Sénat et à l’Assemblée puis adopté en octobre. Mais quelle déception à la lecture du texte initial de Rachida Dati, la ministre de la Justice ! Robert Badinter a parlé de « frilosité sur bien des points » et d’une apparente volonté du gouvernement de « contrôler les faits et gestes du contrôleur comme s’il était déjà suspect ». Sous la pression d’AIF et de l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) notamment, le Sénat puis l’Assemblée ont adopté des modifications essentielles correspondant à nos recommandations.
Tout d’abord, la coopération est désormais expressément prévue entre le futur contrôleur français et le sous-comité international, mis en place par le protocole. Point essentiel, le contrôleur n’est plus tenu de prévenir « avant toute visite » et, lorsqu’il fait des recommandations, le ministre concerné doit formuler des observations en réponse. De même, comme le disait le sénateur Jean-René Lecerf, « c’est lors de troubles sérieux que la visite s’impose davantage ».
Le report de certaines visites est encore possible mais les motifs doivent désormais être « graves, impérieux » et « justifiés » et le contrôleur doit être informé « dès que les circonstances exceptionnelles ayant motivé ce report ont cessé ». Certes, les visites sont toujours limitées au seul « territoire de la République ». Une interprétation contestable du protocole car le contrôleur devrait pouvoir intervenir aussi dans les cas de privation de liberté par des autorités françaises à l’étranger et aux frontières extérieures de l’Union européenne.
Exigence de crédibilité
Enfin, le projet de loi de finances pour 2008 prévoit une enveloppe de 2,5 millions d’euros, correspondant à 18 emplois et, selon Rachida Dati, « les crédits accordés évolueront avec le temps, une fois le contrôleur nommé et sa mission évaluée ». Pour Amnesty International, au regard des 5 788 lieux recensés officiellement comme relevant de la compétence du futur contrôleur général et de la gravité de la situation actuelle, le gouvernement doit prévoir une montée en puissance significative des moyens. La crédibilité de ce nouveau mécanisme et l’efficacité de son travail en dépendront. Patrick Delouvin
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