Offensive mondiale contre la peine de mort
Amnesty International fait campagne tous azimuts contre le châtiment suprême pendant que l’Assemblée générale de l’ONU examine une résolution appelant à un moratoire universel sur les exécutions.

Les militants d'Amnesty International réunis à Morelos (Mexique) défilent contre la peine de mort et pour un moratoire mondial.
© AI
En janvier 2007, huit hommes condamnés à mort pour trahison ont été innocentés en Corée du Sud – plus de trente ans après avoir été pendus. Ces faits sont rappelés par Amnesty International en guise d’exergue à son rapport Non à la peine de mort ! Le monde décide, paru en octobre. Alors que deux autres rapports consacrés au même thème ont été publiés, l’objectif est de peser sur les États membres de l’ONU, l’Assemblée générale des Nations unies examinant une résolution en faveur d’un moratoire sur les exécutions. Résolution qualifiée de premier pas vers l’abolition totale et définitive. Si ce type de texte n’est pas contraignant, il émanera avant tout d’une autorité morale difficile à ignorer pour les États non abolitionnistes.
De plus, la tendance mondiale va dans ce sens. En effet, en 1977, 16 pays seulement avaient supprimé ce châtiment pour tous les crimes. Ils sont aujourd’hui 90 à avoir pris cette décision, le Rwanda étant le dernier en date. Quarante-trois autres pays l’ont aboli pour les crimes de droit commun ou en pratique (leur législation maintient la peine de mort mais aucun condamné n’a été exécuté au cours des dix dernières années). En Europe, ce châtiment n’est plus appliqué, à l’exception de la Biélorussie. En Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan l’ont aboli ou observent un moratoire sur les exécutions. En Afrique, seuls six pays sur 53 ont procédé à des exécutions judiciaires en 2006, le Burundi, le Gabon et le Mali sont sur la voix de l’abolition. Quatorze pays africains sont abolitionnistes en droit et 17 autres en pratique. Dans la région Asie-Pacifique, les pays abolitionnistes en droit ou en pratique sont maintenant au nombre de vingt-cinq. Enfin, dans les Amériques, la peine de mort n’est pratiquement plus appliquée, sauf bien sûr aux États-Unis ; le risque que des condamnés soient exécutés est encore présent au Bélize, au Guatemala et au Guyana. Globalement, en 2006, parmi les 25 États où des exécutions ont été recensées, six se détachent nettement, concentrant 91 % des exécutions : Chine, Iran, Irak, Pakistan, Soudan et États-Unis.
Le rapport d’Amnesty note également que les droits des condamnés sont souvent bafoués, souligne la cruauté du châtiment – de la lapidation à l’injection létale (lire l’encadré) – et le risque d’exécuter des innocents. Le nombre de ces derniers est impossible à déterminer. Reste qu’aux États-Unis, depuis 1973, 124 condamnés à mort ont été libérés après avoir été innocentés ou après qu’une juridiction eut estimé que les éléments réunis contre eux ne suffisaient pas à justifier une condamnation…
Non à la peine de mort ! Le monde décide.
Réf. : IOR 41/020/2007.
Un moratoire mondial sur les exécutions, maintenant ! Réf. : IOR 41/018/2007.
Voir également nos pages sur le moratoire
Éthique médicale et injection létale
Les professionnels de la santé rompent leur serment éthique s’ils participent à des exécutions par injection létale. C’est en ces termes qu’Amnesty International met en garde, dans un rapport publié le 4 octobre, les médecins et les personnels infirmiers prenant part à des exécutions ordonnées par l’État. Au niveau mondial, la profession est d’ailleurs sur la même ligne.
Depuis 1982, plus de 900 personnes ont été exécutées par injection mortelle aux États-Unis, trois au Guatemala, quatre en Thaïlande, sept aux Philippines et jusqu’à plusieurs milliers en Chine.
Ce type d’exécution peut engendrer des douleurs atroces avant le décès. Précision sordide, les substances généralement utilisées pour les condamnés sont interdites au Texas pour l’euthanasie des chats et des chiens en raison de la souffrance qu’elles pourraient leur causer…
Execution by lethal injection – a quarter century of state poisoning
Réf. : ACT 50/007/2007.