Le flot d’images en provenance de Birmanie s’est tari depuis les manifestations de septembre. Mais loin des caméras et des appareils photos, les arrestations vont bon train et la torture se pratique au quotidien. Cri d’alarme.

© Stephan Oberreit pour Amnesty International
Vous avez certainement vu de superbes reportages sur la Birmanie, vantant cette destination de rêve, avec ses pagodes dorées, ses mille Bouddhas et ses habitants si gracieux. Quelques-uns aussi sur les médecins aux pieds nus qui vont soigner les populations karens pourchassées dans la jungle par l’armée et victimes des mines anti-personnel. Si vous entriez dans une agence de voyages, il fallait bien parler de BIRMANIE et non de MYANMAR, si vous ne vouliez pas rencontrer un regard étonné. Ensuite on vous aurait proposé d’atterrir dans la capitale, Rangoon. Mais non ! Depuis novembre 2005 la capitale a été déplacée dans un coin de jungle à 400 km et s’appelle dorénavant Naypyidaw ou « la ville royale ».
Fin septembre 2007, d’autres images ont fait irruption sur vos téléviseurs : les manifestations des moines bouddhistes pour soutenir la population dans ses protestations contre les difficultés économiques après l’augmentation du prix des carburants (de 300 % à 500 %). Une population qui vit déjà misérablement dans un pays par ailleurs riche : gaz, pétrole, teck sauvage et autres bois précieux, jade, rubis et saphirs.
Les protestations avaient commencé dans l’indifférence de la communauté internationale par l’arrestation des premiers contestataires dès le 22 août. Là il n’y avait pas d’images à montrer, mais Amnesty International a immédiatement lancé une action urgente pour les dirigeants de Génération 88, que nous connaissons bien car nous avons lutté pour leur libération pendant plus de dix ans. Min Ko Naing, Ko Ko Gyi, Min Zeya et d’autres ont passé entre quatorze et seize ans dans les geôles birmanes, ont été torturés, détenus à l’isolement loin de leurs familles. Sortis de prison en novembre 2005 pour les derniers, ils se sont retrouvés, avec la même soif de démocratie, et ont recommencé peu à peu à s’opposer pacifiquement à ce régime d’oppression en organisant des pétitions, des veillées de prière pour demander que ne soit pas renouvelé l’ordre d’assignation à résidence d’Aung San Suu Kyi, la très charismatique Prix Nobel de la Paix et symbole de la démocratie du Myanmar.
Cycle infernal

©APGraphicsBank
Enfin les moines, qui jouissent d’un grand respect et qui se mêlent à la population chaque jour pour demander l’aumône, ont décidé que c’était à leur tour de se mobiliser, pensant que l’armée n’oserait pas s’attaquer à eux, bien qu’elle l’ait fait en août 1988. Geste courageux, mais il faut souligner celui des habitants qui ont appris à utiliser téléphones portables avec appareils photos, mini caméras et cafés Internet malgré les risques encourus. Ils ont témoigné des manifestations et de la répression aussi longtemps qu’ils ont pu : jusqu’aux coupures de l’Internet et des réseaux téléphoniques, jusqu’à leur arrestation. Mais les militaires, qui n’ont pas tiré (ou si peu et par panique) devant les caméras, ont eux aussi pris des photos ! Et ils savent s’en servir pour procéder aux arrestations.
Récemment ils parcouraient les rues de Yangon et de Mandalay annonçant par haut-parleurs après le couvre-feu qu’ils avaient des photos et qu’ils allaient procéder aux interpellations. Ils ont arrêté des centaines de jeunes. Et là il n’y a plus d’images pour nous mais elles seraient insoutenables. Ce qui se passe derrière les murs des centres d’interrogatoire, des prisons et des lieux de détention secrets, à Amnesty International nous le savons grâce aux témoignages de ceux qui y ont survécu. C’est le cycle infernal : torture pour briser et terrifier, inculpations ridicules, lois d’urgence en vigueur de manière permanente qui peuvent faire de chacun un coupable, procès sans avocat et longues peines purgées dans des conditions effroyables et ubuesques à la fois.
Plus d’images donc, mais des violations graves pour Amnesty International. Nous ne pourrons pas tolérer l’impunité pour ces actes perpétrés sur ceux qui ne faisaient que demander « dialogue et réconciliation » sans haine, alors qu’ils auraient toutes les raisons d’en éprouver. Nous resterons mobilisés, comme nous l’avons été tout au long de cette crise (deux actions urgentes, deux manifestations avec les autres ONG de droits humains, contacts avec les médias, etc.). Nous le devons bien à ces victimes de l’oppression de la junte depuis tant d’années.
Mireille Boisson
Coordinatrice Myanmar
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