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mai 2007
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25.04.2007
Liban La mémoire interdite
La mémoire interdite
Au pouvoir, les « Saigneurs » de la guerre n’ont aucun intérêt à ouvrir la boite de Pandore d’une mémoire conflictuelle. Par ailleurs, les milices étant issues du corps même de la société civile, la tentation est grande de considérer que chacun est à la fois victime et bourreau. Une manière de s’affranchir de toute recherche de la vérité. D’autant que le pays se retrouve sous la chape de plomb syrienne. Enfin, la situation d’un Liban État tampon semble légitimer une tentation libanaise de rejeter toute responsabilité sur l’Autre, qu’il s’agisse du Palestinien, de la Syrie, d’Israël, des États-Unis ou de l’Iran. Chaque communauté reste ainsi enfermée dans sa propre narration partielle et partiale de la guerre civile, sans possibilité d’échanges ni de partages. Bientôt, l’oubli devient une politique et la dynamique du pouvoir.
Cette intellectuelle libanaise s’oppose à toute commémoration « folklorique » qui ne vide pas l’acte criminel de sa virulence nocive, risquant au contraire de raviver la plaie ou d’exacerber le désir de vengeance. Avec le journaliste Samir Kassir, elle s’est attelée à la tâche, organisant un colloque en 2001, puis la collecte de témoignages notamment dans le Chouf, théâtre de terribles massacres entre druzes et chrétiens. Mais la résistance psychologique face au traumatisme reste forte. « Les villageois se sentaient encore menacés parce que la justice n’avait jamais été rendue et que les tueurs étaient parmi eux », se souvient Amal Makarem. L’association réunit, peu après, d’anciens miliciens face à un panel de jeunes. Les questions fusent, directes. L’expérience est forte mais reste inédite. En 2005, la mort brutale de Samir Kassir dans un attentat puis la guerre des 33 jours avec Israël l’année suivante vont geler cet intéressant chantier de mémoire. « Je pense qu’il est trop tard, on a loupé le coche et nous sommes rattrapés par la guerre », murmure Amal Makarem.
Malheureusement, 20 % des documents sont partis en fumée dans les bombardements de l’été. Du côté des acteurs de la guerre, quelques langues se délient. En 2000, Assad Chaftari, officier de renseignement des Forces libanaises pendant la guerre, publie une lettre demandant pardon à ses victimes. « Avant la guerre j’étais pétri de préjugés et de peurs à l’égard des musulmans. Armé et puissant, je me suis pris pour Dieu, décidant du sort d’êtres humains, reconnaît-il après un long chemin spirituel. J’ai écrit cette lettre de repentance pour que mon fils ne commette pas les mêmes erreurs. Mais il me considère comme un faible. » Les réactions sont partagées. Son ancien patron Eli Hobeika (impliqué dans le massacre de Sabra et Chatila et lui-même victime d’un attentat en 2002) ne lui pardonnera jamais d’avoir « lavé son linge sale » à l’extérieur. Enfin, quelques sceptiques estiment cette démarche insuffisante « parce ses propos vagues ne permettent pas d’établir précisément les faits. »
La création de deux commissions nationales successives puis d’une instance mixte syro-libanaise n’a servi qu’à enterrer le dossier des disparus. Interpellée sur 700 cas par le Comité des familles, la Syrie récuse toute présence de prisonniers libanais dans ses geôles. Comment croire à cette thèse, infirmée de façon caricaturale par la soudaine libération de 46 Libanais le 16 novembre 2000 ! Dernièrement, un groupe d’Amnesty Suède recevait un courrier de l’ambassade syrienne d’Oslo l’informant que le Libanais Najib Yusuf Jamani avait été exécuté pour espionnage alors que le gouvernement syrien soutenait mordicus n’avoir aucune information sur ce « disparu ».
Aurélie Carton Questions à l'avocat Nizar Saghieh sur l'exercice du pouvoir au Liban « Le pouvoir au Liban reste d’essence charismatique » Vous pouvez vous abonner à notre mensuel :
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