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juin 2008
01.06.2008
Rapport annuel La DUDH oubliée


Les États ont perdu de vue les objectifs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, selon le nouveau rapport annuel d’Amnesty International. Mais une société civile mondiale émerge, qui exige une action unifiée en faveur des droits humains.



Amnesty International Rapport Annuel 2008Nous en sommes loin, très loin : « L’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme. » Publié fin mai, le rapport annuel 2008 d’Amnesty International a placé en exergue de sa préface cet extrait de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) de 1948. Pour mieux souligner le décalage avec le monde actuel. Ainsi, les pages de l’avant-propos, intitulé « Des promesses sans lendemain ? », donnent le la, s’ouvrant sur ces paroles fortes : « Les dirigeants mondiaux devraient présenter des excuses, car ils n’ont pas su tenir les promesses de justice et d’égalité contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée il y a soixante ans. Pendant ces six décennies, nombre de gouvernements se sont focalisés sur l’exercice d’un pouvoir abusif ou se sont efforcés de faire avancer leurs propres intérêts politiques, en négligeant le respect des droits des personnes placées sous leur responsabilité. »


Malgré des avancées certaines, estiment les auteurs de l’avant-propos, le courage et l’esprit visionnaire à l’œuvre pour élaborer la DUDH ont fait long feu. Les droits humains sont devenus une source de division avec la guerre froide : à l’Est, les droits civils et politiques sont oubliés, à l’Ouest ce sont les droits économiques et sociaux qui sont relégués au second plan. Puis l’espoir pour les droits humains né avec la fin du bras de fer entre les deux superpuissances a rapidement été douché par l’explosion des conflits ethniques et le démantèlement de certains États.
Par la suite, les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont placé le débat sur les droits humains « sous le signe de la division et de l’antagonisme entre le monde “occidental” et le monde “non occidental” ». Quant à la mondialisation économique, elle apporte également son lot de problèmes, les dirigeants du monde ayant « pour la plupart ignoré les atteintes aux droits humains qui induisent et aggravent » la pauvreté.


Le bilan de l’année 2007 n’est guère plus encourageant. « Un triste bilan » dont les États-Unis ont l’honneur d’ouvrir la chronique, en tant que plus grande puissance mondiale et, par là, référence pour les gouvernements du monde entier : torture et autres mauvais traitements tolérés, interrogatoires secrets et détentions secrètes à l’actif de la CIA au mépris du droit international, coudées franches pour les entreprises de sécurité ou sociétés militaires privées étrangères opérant en Irak, prison de Guantánamo, soutien au président pakistanais et à divers régimes autoritaires montrant « la vacuité des appels lancés par les autorités américaines en faveur de la démocratie et de la liberté sur la scène internationale », etc.


Double langage européen
Les gouvernements européens et leur « tendance au double langage » ne sont pas oubliés. L’avant-propos relève cruellement que, « souvent critiquée pour ses excès en matière de réglementation, l’Union est singulièrement peu prescriptive sur la question des droits humains vis-à-vis de ses États membres »… C’est le cas par exemple en ce qui concerne les discriminations contre les Roms, les musulmans et autres minorités. De plus, en 2007, il a été prouvé que des États membres « ont fermé les yeux, voire coopéré lorsque la CIA a enlevé, détenu secrètement et transféré illégalement des personnes vers des pays où elles ont été maltraitées, voire torturées ». En outre, aucun gouvernement n’a ouvert d’enquête exhaustive sur ces agissements, certains tentant même de « vider de sa substance » l’arrêt rendu en 1996 par la Cour européenne des droits de l’homme, qui interdisait le renvoi de personnes soupçonnées de terrorisme vers des pays où elles risquaient d’être torturées.


Enfin, il y a les puissances émergentes, dont le bilan en matière de droits humains n’est pas toujours très reluisant. Parmi ces pays, la Chine : même si, sur le terrain diplomatique, elle a évolué, considérant que soutenir des régimes instables et peu respectueux des droits humains n’est pas forcément un bon calcul commercial, elle reste tout de même le premier fournisseur d’armes du Soudan, elle a opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui condamnait les violations des droits humains commises par le Myanmar, elle est loin d’avoir concrétisé ses promesses portant sur les droits fondamentaux à l’approche des JO de Pékin, etc. La Russie, de son côté, s’est sensiblement durcie, réprimant la dissidence politique, faisant pression sur les journalistes indépendants et les ONG.
Dans ce contexte géopolitique mouvant, quel est donc l’avenir des droits humains, s’interrogent les rédacteurs de l’avant-propos. Une chose est acquise, « le chemin à suivre s’annonce chaotique » : conflits de longue durée, inégalités criantes induites par la finance mondiale, violations des droits humains impliquant des entreprises qui fuient leurs responsabilités, 2 milliards de personnes vivant dans la pauvreté, changements climatiques qui toucheront plus durement les plus pauvres, violences liées au genre…


Soixante ans après, la DUDH reste un modèle pertinent pour tenter de répondre à ces problèmes, et « les États doivent s’engager à nouveau en faveur des droits humains ». D’autant qu’aujourd’hui « un mouvement mondial de citoyens exige que les dirigeants de la planète renouvellent leurs engagements en matière de défense des droits humains ». Lesquels dirigeants, conclut l’avant-propos, « ne veulent pas le voir » : « Ils ont tout à y perdre. »

Voir également nos pages spéciales sur le rapport annuel

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