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janvier 2009
30.12.2008
Gare aux idées reçues !


Beaucoup d’idées fausses circulent en France sur les migrants en général et les réfugiés en particulier, alimentant les réactions de rejet et de xénophobie.
Passage en revue de quelques-uns de ces stéréotypes pour mieux distinguer les faits des fantasmes.

Décodage


On ne peut pas accueillir toute la misère du monde !

Ce n’est pas « la misère du monde » qui émigre : le coût de la migration, la connaissance nécessaire des filières, « l’immigration choisie » excluent les plus pauvres. Loin de la figure traditionnelle du travailleur sans qualification, de plus en plus de migrants, notamment les jeunes, sont qualifiés, étudiants, entrepreneurs… Résultat : les 2/3 des très qualifiés en Haïti, le quart des médecins d’Afrique subsaharienne et 20 % des sages femmes du Sud ont quitté leurs pays pour mettre leurs compétences au service des États les plus riches.


En ce qui concerne les « malheurs du monde » – conflits, catastrophes naturelles –, les sociétés qui accueillent le plus de réfugiés sont celles des États voisins des pays d’origine des réfugiés. Ainsi, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, entre 83 % et 90 % des 11,4 millions de réfugiés dans le monde restent dans leur région d’origine. En 2007, l’Europe a accueilli 14 % de la population mondiale des réfugiés. En France, il y avait en 2007, 130 000 personnes reconnues réfugiées, soit 0,25 % de la population française. À titre de comparaison, en 2007, le Pakistan accueillait environ 2 millions de réfugiés, soit 1,1 % de sa population.


Enfin, rappelons que l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État ».


Les étrangers abuseraient du regroupement familial.

En novembre 2007, le projet d’introduire des tests ADN (non mis en œuvre) a été présenté comme un moyen d’endiguer la fraude à la procédure de regroupement familial. Une procédure critiquée parce qu’elle permettrait à de nombreux immigrés d’entrer en France, au détriment de salariés étrangers qualifiés. Mais si en 1970, 80 000 personnes étaient présentes en France au titre du regroupement familial, en 2006, elles n’étaient plus que 20 000. Parallèlement, en 2006, seuls 16 000 visas ont été délivrés à ce titre contre 21 000 en 2005. En revanche, 21 000 visas pour des professionnels avaient été délivrés en 2006 contre 19 000 en 2005.

 

 Par ailleurs, les femmes ne migrent plus seulement pour retrouver leurs maris. En volume, les migrations familiales restent bien la première source des entrées légales des femmes dans la majorité des pays européens et aux États-Unis. Mais le profil sociologique de la migrante évolue : il s’agit de plus en plus de femmes seules, célibataires, divorcées et surtout de femmes mariées sans leur conjoint. Par le biais du travail, la plupart de ces immigrées s’émancipent dans le pays d’accueil. Selon l’Onu, cette autonomisation de la femme par rapport à son entourage les encourage à renoncer au retour dans leur pays d’origine. Quand elles partent seules et ont un emploi, elles peuvent jouer un rôle essentiel dans l’entretien de leurs familles restées au pays en privilégiant l’affectation de leur revenu à la santé et l’éducation des enfants. Les hommes, en effet ont tendance à dépenser les salaires en biens de consommation (voitures, appareils de télévision) ou à investir dans leurs pays dans des biens immobiliers ou du bétail.



Il y a de plus en plus d’étrangers en France.

Le dernier recensement de la population en 2005 rapportait la présence de 3 501 000 personnes étrangères en France (personnes nées à l’étranger et personnes étrangères nées en France). En 1982, ils étaient 3 520 668.



Une régularisation des sans-papiers provoquerait un « appel d’air » et de nouvelles vagues massives d’immigration.

En Espagne, en Italie, au Portugal et en Grèce, des centaines de milliers d’étrangers ont été régularisés par des gouvernements très divers, sans que des vagues d’immigrants submergent ces pays méditerranéens pourtant « en première ligne ». Régularisés ou pas, les migrants tendent à rester dans les pays d’accueil, surtout si les pays d’origine connaissent la corruption, la violence, le sous-développement. Le durcissement des conditions d’entrée et de séjour des étrangers, qui continuent d’affluer malgré des lois restrictives, multiplie les situations d’exploitation, de clandestinité, de négation des droits fondamentaux de la personne humaine. La régularisation des sans-papiers, en Espagne, a fait reculer le travail clandestin et amélioré les ressources de la Sécurité sociale. Depuis 2002, selon les calculs de l’OCDE, « la moitié de la croissance du PIB [en Espagne] peut être directement attribuée à l’immigration, du fait de son impact positif sur la population, l’emploi et le revenu par habitant ».


Jean-François Dubost (avec A. C. et M. G.)




Sur France culture
Vendredi 9 janvier, de 7 h 15 à 7 h 25,
Patrick Delouvin, responsable du Pôle France au Secrétariat national d’Amnesty France, sera l’invité des Enjeux Internationaux de Thierry Garcin, sur France-Culture pour évoquer ce dossier de La Chronique sur les migrations.
« Les Enjeux internationaux » est une émission quotidienne de géopolitique qui s'attache à resituer chaque thème dans sa perspective historique, à en évaluer la portée, à en imaginer l'avenir. Des invités de disciplines différentes (universitaires, démographes, économistes, militaires), aux opinions diverses voire tranchées, permettent ainsi de dégager des lignes de force dans l’interprétation des crises et des mutations de notre planète.

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