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février 2010
01.02.2010
Le cycle infernal de la répression en Iran


Alors que la contestation du régime en Iran s’amplifie malgré la répression, Amnesty International estime que « la situation des droits humains est la pire qu’ait connue le pays depuis vingt ans. » Son rapport publié en décembre dernier revient sur les exactions commises avant, pendant et surtout après l’élection présidentielle de juin 2009.


Des sympathisants du candidat réformiste se rassemblent dans les rues de Téhéran pour protester contre les résultats de l?élection présidentielle, Iran, 13 juin 2009.
Des sympathisants du candidat réformiste se rassemblent dans les rues de Téhéran pour protester contre les résultats de l’élection présidentielle, Iran, 13 juin 2009.
Les mois précédant l’échéance électorale de juin ont vu la répression s’intensifier en particulier à l’encontre des membres des minorités ethniques et religieuses, des étudiants, des syndicalistes et des militantes pour les droits des femmes. La plupart des candidats – et toutes les candidates – se trouvèrent disqualifiés ne laissant que quatre protagonistes en lice. Pourtant, ils furent des millions de citoyens, notamment des jeunes, à se rendre aux urnes. Les débats télévisés entre les candidats suscitèrent un vif intérêt.


Pour contourner les restrictions et nourrir les débats d’idées, nombre d’Iraniens se sont tournés vers les réseaux tels que Facebook, Twitter et ont échangé des SMS. Les femmes se sont beaucoup investies dans la campagne électorale, reflet du travail de fond mené par les activistes de mouvements tel que le Women Field’s Network ou encore la campagne « Un million de signatures » réclamant la fin de la discrimination légale des femmes. Lorsque le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, fut déclaré vainqueur quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, la méfiance puis la colère des votants ont vite éclaté dans la rue. Les transmissions satellites et l’accès à Internet furent bloqués, les journalistes étrangers interdits et les lignes téléphoniques coupées.


Si les toutes premières manifestations furent tolérées par le régime, après une semaine de contestation, les autorités donnèrent le feu vert aux forces de sécurité – dont les bassiji (miliciens volontaires) et les pasdarans (gardiens de la révolution) – pour mater ces mouvements pacifiques par la violence et des arrestations de masse. Une violence dont le monde entier a pu être témoin avec la mise en ligne d’une vidéo montrant l’agonie d’une manifestante, Neda Agha Soltan, tuée par un milicien. Selon les chiffres officiels, au moment de la rédaction du rapport mi-novembre, 36 personnes auraient été tuées dont huit bassiji. Le nombre de morts selon l’opposition ainsi que d’autres sources, s’élèverait à plus de 70. Au moins 4 000 personnes furent arrêtées juste après les élections, peut-être davantage encore. La plupart furent relâchées mais 200 étaient encore détenues il y a deux mois. Cibles privilégiées de ces arrestations : les étrangers, tous ceux qui possédaient la double nationalité ou qui avaient des liens avec des pays comme les États-Unis et la Grande-Bretagne. Les autorités accusent en effet ces États de comploter pour faire éclater une révolution de velours en Iran.


Certaines personnes arrêtées ont été exhibées à la télévision publique, dans des sortes de procès-spectacles qui ont commencé le 1er août 2009 avec des confessions publiques. Le 5 août, jour de l’investiture d’Ahmadinejad, Amnesty International estimait qu’au moins 112 personnes avaient été exécutées depuis l’élection.



Manifestante iranienne
Manifestante le 13 juin 2009 après les élections présidentielles disputées en Iran.
Des témoignages figurant dans le rapport font état de torture en détention. La polémique a enflé lorsque le fils d’un conseiller d’un candidat aux élections est mort lors de son transfert de la prison de Kahrizak (dans les environs de Téhéran) après y avoir été torturé. Et le médecin de Kahrizak est mort au quartier général de la police de Téhéran. Des femmes et des hommes ont également rapporté avoir été violés, souvent avec des objets tels que des bouteilles et des bâtons.


Amnesty International dénonce l’opacité des diverses investigations, menées jusqu’ici par le gouvernement, qui semblent davantage avoir pour but de masquer la vérité que de la révéler. Les autorités iraniennes ont constitué deux organes chargés d’enquêter sur la crise post-électorale et le traitement réservé aux détenus : une commission parlementaire et un comité judiciaire composé de trois membres. Le mandat et les pouvoirs conférés à ces instances n’ont pas été dévoilés tandis que les conclusions de la commission parlementaire sont restées confidentielles. Manfred Nowak, rapporteur spécial sur la torture, et Philip Alston, rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, ont demandé à pouvoir se rendre en Iran.
Iran.

Election contested, repression compounded Réf. : MDE 13/123/2009.

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