Les laissés-pour-compte du développement brésilien
Lorsque qu’il est élu en 2002, le socialiste et ex-ouvrier métallurgiste Luiz Inàcio Lula da Silva devient le porte-drapeau d’un nouveau modèle économique qui se démarque du libre-échange prôné par les États-Unis en Amérique latine. Le Brésil est alors en pleine crise économique avec une dette de 263 milliards de dollars et des promesses de soutien du FMI conditionnées au respect des politiques préconisées par l’institution. Sept ans plus tard, le Brésil est un modèle de croissance économique grâce à son industrie agroalimentaire et notamment aux biocarburants. Il s’est affranchi de l’aide du FMI. L’État brésilien a une place dominante dans la région et s’est affirmé sur la scène internationale contribuant à la montée en puissance du G20, à des forums internationaux sur le contrôle des armes, les droits humains et tout dernièrement, à Copenhague, sur le climat. Sans oublier l’obtention de l’organisation des jeux Olympiques pour 2016 et la Coupe du monde de football deux ans plus tard. Lula est un président heureux et son taux de popularité de 83 %, selon les derniers sondages, signe sa réussite.
Pourtant ce bilan, qui lui vaut d’être désigné homme de l’année par le journal Le Monde, ne doit pas occulter une autre réalité : la croissance économique et sa reconnaissance internationale n’ont pas permis d’amélioration significative de la situation des droits humains dans le pays. Certes la bolsa familia, un programme de soutien aux millions de familles les plus pauvres, a permis de combattre la pauvreté endémique et l’exclusion sociale ; des programmes fédéraux ont été mis en œuvre pour lutter contre les violations les plus systématiques (torture, sécurité publique, esclavage).
Néanmoins, les disparités sociales combinées à la faiblesse des institutions, à la corruption et à la criminalité impactent directement des millions de Brésiliens qui ne peuvent toujours pas jouir de leurs droits fondamentaux. Les violences policières touchent principalement les communautés les plus vulnérables. Les paysans sans terre et les peuples indigènes souffrent d’extrême pauvreté et n’ont pas accès à la justice. Le mouvement social et associatif qui œuvre pour que les plus démunis puissent participer à la croissance économique sont harcelés, menacés voire assassinés.
Réélu en 2006 avec une majorité confortable, le président Lula a déjà bien entamé son deuxième mandat et il porte des projets ambitieux tels que l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu. Quant à nous, organisation de défense des droits humains, nous attendons de lui qu’il mette enfin tout en œuvre pour que les Brésiliens puissent accéder à tous leurs droits civils et politiques, sociaux et économiques et nous le lui rappellerons.
Geneviève Garrigos
Présidente
Le 17 janvier 2010