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février 2010
01.02.2010
Aung San Suu Kyi, un destin imprévu


Née en 1945, la fille d’Aung San, héros de l’indépendance assassiné en 1947, a quitté très tôt son pays. Pour l’Inde, d’abord, où elle rejoint sa mère, ambassadrice, et découvre les principes non-violents du mahatma Gandhi. Pour la Grande-Bretagne, ensuite, où elle décroche un doctorat auprès de la prestigieuse École des Études orientales et africaines de Londres. Après quelques temps au siège des Nations unies à New York, elle regagne l’Angleterre et y épouse Michaël Aris avec qui elle aura deux enfants. Elle le suit dans ses recherches au Bhoutan et au Népal. Ce n’est qu’en août 1988 qu’elle retourne en Birmanie pour y soigner sa mère. Le pays est alors en plein chaos. Les manifestations ont contraint le Général Ne Win, qui dirigeait d’une main de fer le pays depuis 1962, à annoncer, en juillet, son retrait de la scène politique. Le 8 août, une grève générale se termine dans un bain de sang dont les victimes se compteraient en dizaines de milliers. La loi martiale est instaurée.

 

C’est dans ce contexte qu’Aung San Suu Kyi fait son apparition sur la scène politique birmane. Le 26 août, elle s’exprime devant plusieurs centaines de milliers de personnes venues écouter l’« étrangère », comme la qualifie alors le régime. Ses discours appellent à des changements démocratiques, mais aussi à la retenue et au recours à des moyens non-violents. Ils rencontrent un large écho auprès d’une population influencée par les préceptes du bouddhisme. Adoptée par l’opposition, elle en devient le leader charismatique.

 

Le 18 septembre, cependant, un coup d’État militaire met définitivement un terme à l’« été birman ». Aung San Suu Kyi, avec le concours de deux anciens généraux démocrates, fonde la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont elle devient Secrétaire générale. La popularité grandissante de la « Dame de Rangoon » inquiète les militaires. Arrêtée en juillet 1989, l’opposante se voit proposer un étrange marché : la liberté à condition qu’elle quitte le pays ! Proposition retoquée par Aung San Suu Kyi brutalement assignée à résidence. Le bras de fer l’opposant à la junte commence.

 

Si les élections annoncées ont bien lieu, en mai 1990, le résultat, qui consacre la LND, est ignoré par les militaires. Un scandale aux yeux du monde entier qui honore la prisonnière de différents prix, dont le Nobel de la Paix en 1991. Depuis son arrestation, il y a vingt ans, Aung San Suu Kyi en aura passé quatorze en prison ou en résidence surveillée. Plutôt virulente à ses débuts, elle n’hésite pas à appeler au boycott de son pays par la communauté internationale avant de changer de stratégie à la fin de l’été dernier, allant même jusqu’à offrir ses services à la junte, en septembre 2009, afin de faire lever les sanctions qu’elle avait elle-même appelées de ses vœux. Sous le coup d’une nouvelle assignation à résidence depuis le 11 août 2009, elle pourrait recouvrer la liberté et mettre en lice son parti en vue des élections de 2010. Sera-t-elle pour autant autorisée à se présenter ? Rien n’est moins sûr.

Patrick Chesnet

Voir également notre page spéciale sur Aung San Suu Kyi

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