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Février 2006 - Sommaire
01.02.2006
France - mariage forcé

RUBRIQUE "EN COUVERTURE"

Les violences faites aux femmes en France
Mariage forcé


Sept ans d'enfer



Le mariage forcé
D'aussi si loin qu'elle se souvienne, Oumou fut, comme toutes les filles en Afrique, préparée et conditionnée au mariage. Fidèle à son rêve " d'étudier à la fac ", la jeune Malienne résiste longtemps à la pression familiale, au poids de la coutume. Jusqu'au jour où… Témoignage.

 
Cette jeune femme, aux traits fins et à l'allure fragile, a toujours été une battante. Adolescente au Mali, elle a tenu tête à son père très autoritaire, défendant sa mère contre la seconde épouse qu'elle considérait comme une intruse. " Mais en Afrique, dit-elle, la rébellion d'une fille s'écrase facilement. Dès que tu t'exprimes, ton père, tes frères te tapent, te tabassent. " Alors, Oumou apprend à se taire. " Dans la tradition peule, explique la jeune femme, ton sang ne doit pas se mélanger avec celui de quelqu'un d'autre, il faut donc se marier dans la famille élargie ".

Selon la tradition, ses deux sœurs ont convolé très jeunes, à quinze ans à peine, mais Oumou, qui ne rêve que d'études, refuse obstinément tous les prétendants. Après son bac, elle entre à la Faculté de droit à Bamako. Pourtant, elle va finir par céder au poids de la coutume qui régit toute la vie sociale, " à la fac, souligne-t-elle, on t'apprend même le droit coutumier, avant le droit civil ", et par craquer sous la pression familiale qui vire au harcèlement quotidien.

Épuisée moralement, l'étudiante n'arrive même plus à se concentrer, à travailler et finit par accepter le mariage. Du jour au lendemain, elle doit alors abandonner ses études pour épouser un cousin éloigné, parti travailler en France, et qu'elle n'a jamais vu. Elle se marie civilement au Mali, par procuration. " Le jour de la cérémonie, je me suis sentie très mal. Tu te maries avec quelqu'un, tu ne sais même pas quelle tête il a. "


Ensuite, elle s'envole pour la France, un pays qu'elle ne connaît pas, et découvre horrifiée à l'aéroport, que " son promis " n'est pas seul, il est accompagné de sa femme et de ses quatre enfants. L'homme avait bien dit qu'il était divorcé, mais pas qu'il était retourné vivre avec sa première femme ! Oumou va vivre sept ans d'enfer avec un mari violent, de onze ans son aîné. La cohabitation à neuf, dans un petit trois pièces ne fait qu'aggraver les choses. La tête baissée, elle raconte, :" Le premier soir, partout où il te touche ça fait mal. C'est comme si ça brûlait. Après, c'est toujours resté comme ça. " Mais la jeune fille refuse ces rapports forcés, elle se défend. Alors son mari la frappe, déchire ses vêtements. " Tous les jours j'avais un haut, une culotte déchirée. " *


Cloîtrée, elle ne parle à personne de ce qu'elle vit, et plus que tout, appréhende le soir. Jusqu'au bout de la nuit, elle regarde la télévision pour échapper au lit conjugal. Quand elle évoque cette époque, elle répète toujours : " ce n'était pas moi. " Elle explique : "Tu perds confiance en toi, tu n'arrives plus à réfléchir, à lire. Tu ne fais plus aucun projet. Par peur des coups, tu ne sais plus dire que : oui, d'accord. " Par moments, elle pense au suicide ; elle développe des maladies somatiques qui cesseront brusquement le jour où elle quittera son mari.

Cloîtrée, elle ne parle à personne de ce qu'elle vit, et plus que tout, appréhende le soir. Jusqu'au bout de la nuit, elle regarde la télévision pour échapper au lit conjugal. Quand elle évoque cette époque, elle répète toujours : " Elle explique : Par moments, elle pense au suicide ; elle développe des maladies somatiques qui cesseront brusquement le jour où elle quittera son mari.

Durant ces années de solitude extrême, ses seuls moments de bonheur, elle les vit avec son fils, né après quatre ans de mariage. " Mon fils, je l'ai voulu complètement, dit-elle dans un sourire lumineux. On m'avait tout pris, mais j'avais cet enfant dans le ventre. "


Et puis un jour, une fois de plus, une fois de trop, son mari la frappe violemment, devant sa belle-sœur qui ne proteste même pas. C'est le déclic. Révoltée, Oumou prend son fils de deux ans sous le bras, porte plainte au commissariat et fait faire un constat à l'hôpital. Par chance, elle obtient très vite une place dans un foyer où elle va rester neuf mois. Le temps pour cette jeune femme déterminée à s'en sortir, de se reconstruire, de se resocialiser, de trouver un travail de nourrice. Soulagée, elle voit son fils, qui se mordait souvent les doigts jusqu'au sang, retrouver un équilibre.


Aujourd'hui, Oumou a obtenu le divorce. Elle milite au Gams, une association qui se bat notamment contre les mariages forcés qui menacerait environ 70 000 jeunes filles issues de l'immigration en France. Remariée avec un médecin, elle a deux petites filles. Avec son mari Olivier, ils parlent de tout, et la jeune femme, après des années d'enfermement et de silence, revendique un besoin vital de s'exprimer : " désormais, il faut que ça sorte ".


Hélène Jullien 
  
  
  
  
  
  
  
  
 


 

 

 

 

 

 

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Extrait du n° de
Février 2006

 
EDITORIAL

EN COUVERTURE
Violences contre les femmes en France
Reportage à Douai
Mariage forcé
Marie-France Hirigoyen
La traite
Ce que dit la loi

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