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Actualités
16.09.2009
Nos lieux interdits



NOS LIEUX INTERDITS,
Film franco-marocain réalisé par Leïla Kilani

Sortie nationale le 30 septembre 2009 à Paris et le 3 octobre 2009 à Marseille

le mercredi 30 septembre 2009 à 20h00
au cinéma le Reflet Médicis, 3 rue Champollion, 75005 Paris
Metro Saint-Michel (ligne 4) Cluny (ligne 10)


Séance spéciale :  projection suivie d'une rencontre avec la réalisatrice Leïla Kilani et le producteur Gérald Collas – présence d’Amnesty International France en début de séance : Nelly Devoueze (responsable de la Commission juridique) et Annie Delay (responsable de la coordination Maroc et Sahara occidental).
Pour plus d'informations : martuni@amnesty.fr

 


Le samedi 3 octobre à Marseille
L'ALHAMBRA, Un autre cinéma du côté de l'Estaque
2, rue du Cinéma
13016 MARSEILLE
Séance de 17h30 suivie d'un débat en présence de la réalisatrice Leïla Kilani

Retrouvez toutes les séances spéciales sur le site du film ou téléphonez
au 01 40 38 04 00
www.noslieuxinterdits.com



Résumé : 40 ans après : le deuil des années de plomb au Maroc...
Entre 1960 et 1980, sous le régime d’Hassan II, des centaines d’opposants politiques sont morts et des milliers ont disparu sans laisser de traces. En 2004, une Instance équité et réconciliation, mise en place par le roi Mohamed VI, a enquêté sur ces violences d’Etat afin d’en indemniser les familles victimes. Le film suit cette enquête au sein de quatre familles marocaines. Et laisse émerger un douloureux retour sur soi de toute une société, mais aussi un intime travail de mémoire et de deuil qui rejoint le travail cinématographique.



Distribué par :
Documentaire sur grand écran
52 avenue de Flandre
F - 75019 Paris
Tél : + 33 (0)1 40 38 04 00
Fax : + 33 (0)1 40 38 04 75
E-mail : info@documentairesurgrandecran.fr

 

Commentaire par Aymeric Elluin (responsable de campagnes)


Le film traite de la question des disparitions forcées au Maroc. Le film a été tourné pendant le temps où s’est tenue au Maroc l’enquête de l’Instance équité et réconciliation, entre 2004 et 2007.


Amnesty International est engagée depuis de nombreuses années contre la pratique de ce crime et la promotion de la Convention internationale qui devrait permettre de prévenir de telles violations.
C’est pourquoi, Amnesty International soutient ce film qui fait écho à ses préoccupations.


Ce film documentaire accompagne durant trois ans quatre familles dans leur quête de la vérité. Eux-mêmes ou les membres de leur famille ont été emprisonnés, torturés ou ont disparu. Le film se situe à une époque très précise de l’histoire du Maroc/Sahara occidental. Tourné entre 2004 et 2007, pendant que siégeait au Maroc l'Instance Equité et Réconciliation (IER), commission créée en novembre 2003 à l’initiative du roi Mohamed VI, elle visait à établir un bilan des violations des droits de l’homme au Maroc, de l’indépendance (1956) à la mort du roi Hassan II (1999) et à proposer des réparations aux victimes.

 

Tout au long du film, la question lancinante du «pourquoi ?» se retrouve dans les histoires individuelles décrites simultanément. A chaque pas, chaque démarche des quatre familles de victimes, disparues, décédées ou vivantes, aucune réponse définitive ne sera donnée. Cependant, un travail remarquable est à l’œuvre. Poussées par l’existence de l’IER, par les questions lancinantes des jeunes adultes de la troisième génération et surtout par le film, les victimes et leurs familles retrouvent des mots, arrachés au silence et à la peur…..

 




En savoir plusEn savoir plus sur les disparitions forcées au Maroc

En savoir plus sur le travail de l’Instance Equité et réconciliation voir notre rapport


En savoir plus sur le Maroc dans notre rapport annuel





Agissez
 AGISSEZ ! Demandez au ministre de la Justice du Maroc, S.E M. Abdelwahed Radi ,
que le Royaume du Maroc ratifie la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées
.

 



AgissezSIGNEZ la pétition en ligne
appelant le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à user de son influence pour que l’Algérie, le Maroc, le Tchad, le Pakistan, la Bosnie-Herzégovine et la Russie ratifient la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.




LIRE également ci-dessous notre article paru dans La Chronique de septembre 2009


La parole déliée
Un documentaire soutenu par Amnesty International revient sur l’Instance Équité et réconciliation au Maroc.

Saluons en premier lieu l’absence de voix off qui permet de restituer les témoignages avec leur force brute. Il ne s’agit pas d’une reconstitution des années de plomb 1960 mais de l’impact des travaux de l’Instance équité et réconciliation sur des victimes du régime d’Hassan II ou de leurs proches. Missionnée pour enquêter sur la violence d’État, la commission a reçu quelque 30 000 dossiers, « 30 000 êtres humains », s’exclame d’ailleurs incrédule une vieille femme au cours du film.


Le documentaire de Leïla Kilani accompagne pendant trois ans quatre familles en quête de vérité. La caméra s’attarde d’abord sur les regards de ceux qui découvrent l’ampleur de la répression. Dans les cafés, derrière des vitrines de magasins, dans les salons privés, les gens se pressent pour regarder les retransmissions télévisuelles des auditions de l’Instance.


Ce sont d’abord des regards hypnotisés et des visages mutiques. Puis progressivement la parole se délie. Un dialogue s’instaure à l’intérieur des familles, entre les proches et les membres de l’instance, entre les rescapés eux-mêmes. Parler ou se taire ? Que raconter ? Un ancien prisonnier politique confie : « Je veux parler mais les mots ne sortent pas ».


Des conflits intergénérationnels couvent : « tu savais ? », interroge une jeune fille, avec une colère contenue, à celle que l’on imagine être sa grand-mère. Un fils souhaiterait réensevelir son père selon le rituel pour que le corps soit orienté vers La Mecque. Un survivant refuse qu’on le présente comme une victime mais s’affirme militant, acteur conscient des risques qu’il prenait. D’autres restent sceptiques sur l’utilité du dévoilement parce qu’aujourd’hui il n’y a plus rien à faire, que les bourreaux sont morts, alors… « Faut pas aller fouiller dans ces histoires louches. Si tu ne lui cherches pas des poux il ne te touche pas », conseille une vieille femme en évoquant le « makhzen » (nom de l’appareil étatique au Maroc).


Des frustrations émergent face à une vérité forcément incomplète puisqu’aucun nom de responsables des crimes de ces années noires ne peut être cité selon le règlement de l’Instance : seule la responsabilité collective de l’État sera reconnue.


L’une des séquences fortes du film éclaire de façon cruelle les mensonges sans vergogne de la monarchie sous Hassan II : c’est un extrait d’archives d’une émission télévisée où la journaliste française Anne Sinclair demande à un responsable marocain s’il y a un centre de détention à Tazmamart (bagne longtemps non reconnu par les autorités) ; réponse laconique de l’interviewé : « Tazmamart ? C’est un site de vacances ! »


Sobre, âpre et dépouillé, ce documentaire présente la facette intime des travaux de l’Instance Équité et réconciliation tout en soulignant les limites de cette expérience de catharsis nationale.
Le film, soutenu par Amnesty International, est dédié à la mémoire de Driss Benzekri qui a passé dix-sept ans dans les prisons d’Hassan II à cause de son militantisme. Président de l’Instance Équité et réconciliation de 2003 à 2006, il est décédé le 20 mai 2007.


Aurélie Carton