Share | Agrandir le texte Réduire le texte plan de site envoyer à un ami imprimer
Actions Urgentes
04.05.2006
Historique

 

La première Action Urgente de l'histoire

En 1972, le Brésil vivait sous un régime militaire.
Des détenus étaient régulièrement torturés durant les premiers jours suivant leur arrestation.
La technique de l'Action Urgente a été alors utilisée pour réagir rapidement quand les "disparitions" et la torture étaient prévisibles.

La première Action Urgente a été lancée le 19 mars 1973 à la suite de l'arrestation du professeur Luiz Rossi qui enseignait l'économie à l'Université de Sao Paulo.


Luiz Basilio Rossi
Luiz Basilio Rossi / Brésil
Au soir du 15 février 1973, le domicile du professeur Rossi était encerclé par des forces de la police militaire équipée de mitrailleuses, de la police locale et de la police attachée au maintien de l'ordre public du département de Sao Paulo et du quartier général de la Sécurité (DOPS).
Ils ont fouillé la maison et ont emporté des livres et des documents.
Le professeur Rossi et l'un de ses clients ont été arrêtés.

Les informations concernant cette arrestation ont circulé par divers canaux.
La femme de Maria José Rossi explique  : "Nous ne pouvions quitter la maison, ni même sortir dans la rue. Aussi ai-je dû écrire à un voisin à l'insu de la police".
Par une fenêtre de l'arrière-cour et grâce à la fille de ce voisin, mon message est parvenu à un prêtre qui l'a fait passer à l'évêque de Lins.
Finalement il a atteint les bureaux d'Amnesty International à Londres.

L'arrestation du professeur Rossi n'a pas été connue avant le 3 mars 1973. Après avoir consulté plusieurs organisations internationales, et divers organismes, pour la soutenir dans sa campagne, Amnesty International a lancé une Action Urgente en faveur du professeur Rossi.

 

Luiz Basilio Rossi qualifiera l'intervention de l'organisation de décisive :
" Je savais que mon cas avait été porté sur la place publique et qu'ils ne pouvaient plus me tuer.
Puis les pressions dont je faisais l'objet ont diminué et mes conditions de détention se sont améliorées.
"

 

Maria José Rossi a été convoquée au quartier général de la DOPS pour "identifier le corps de son mari".
Cependant, à son arrivée, elle a vu son mari vivant, au moment où on lui montrait une pile de lettres de soutien en provenance d'Amnesty International.
Le directeur lui a alors dit "Votre mari doit être un personnage plus important que nous ne le pensions, à en juger par toutes ces lettres que nous avons reçues de toutes les parties du monde".
De nombreux groupes d'Amnesty International et de sympathisants ont reçu des lettres de la femme du professeur Rossi qui précisaient qu'elle avait été autorisée à rendre visite à son mari et qu'il allait bien.
Amnesty International a appris plus tard qu'elle avait dû écrire ces lettres sous la pression des dirigeants du DOPS.

En 1995, au Brésil, au cours d'une réunion des coordonnateurs des Actions Urgentes, Maria José Rossi a déclaré
" A mon avis, les interventions d'Amnesty International ont été cruciales, elles ont permis d'éviter que Luiz ne soit soumis à la torture et à d'autres mauvais traitements.
De ma rencontre avec le directeur du DOPS, je garde l'impression que les autorités et lui-même ont bien ressenti la forte pression exercée par Amnesty International
."

Le professeur Rossi a été finalement libéré le 24 octobre 1973.

Il a écrit plus tard :

"Nous sommes reconnaissants envers de très nombreuses personnes, spécialement originaires de l'Europe, pour l'intérêt qu'elles ont manifesté pour notre situation caractérisée par la menace de violences qui finalement a pu être écartée.
En mon nom, au nom de ma femme, de nos enfants et des autres brésiliens qui vivent une épreuve analogue, nous tenons à vous remercier pour toutes les preuves d'humanité et de bienveillance qui nous ont réconfortés et aidés
."

 

Par la suite, sa femme participera à la fondation du Réseau des professionnels de la santé au sein de la section brésilienne d'Amnesty International.