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Actualités
24.05.2007
Quand le langage déshumanise les réfugiés


La procédure de demande d’asile est devenue, de façon plus ou moins consciente, affaire de chiffres et de pourcentages. Insidieusement, le vocabulaire utilisé déshumanise. Un jargon décodé à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin.

«Stock », « flux », « traitement de la demande », « déflation », « chute spectaculaire », « rationalisation dans le domaine de l’asile ». Ces mots empruntés à la statistique jalonnent les rapports, discours et communications officiels relatifs à la procédure d’asile. Des termes qui renvoient à une logique de production au point de considérer – et de se féliciter – que « la procédure de demande d’asile n’est plus une fabrique à clandestins ».


Dans cet environnement sémantique, quelle place occupe la vie des enfants, des femmes et des hommes pour qui cette procédure devrait constituer l’ultime rempart protégeant leur dignité humaine ? Au-delà de l’utilisation de termes qui font davantage penser à une chaîne de production qu’à une chaîne de protection, c’est toute une conception de l’asile qui s’installe et se développe dans les discours, les médias et, au final, dans les esprits. Davantage associés à l’idée de « volume » qu’à celle de protection, les réfugiés ne sont plus des individus se soustrayant à des persécutions, mais une masse toujours chiffrée, souvent menaçante.


Ces réfugiés fuient le déni de dignité là-bas, pour intégrer ici un système de l’asile, pauvre en humanité, qui ignore leur exil, leur vie déchirée, leurs souffrances, mais aussi leur quotidien et leurs espérances en France. Plongés au cœur des enjeux et des débats politico-médiatiques, ces êtres humains, en quête de protection, deviennent des sujets d’analyse et des objectifs à poursuivre. Déshumanisés parce que chiffrés, leur réalité s’estompe au profit d’une arithmétique impitoyable conduisant les autorités à « se féliciter de la déflation de la quasi-totalité des flux nationaux ».


La population reçoit l’information statistique et la « digère », sans comprendre la réalité cachée derrière la baisse des chiffres et les pourcentages : des enfants, des femmes et des hommes renvoyés vers ce qu’ils fuyaient.


Réhabiliter les mots
Nous ne devons pas nous habituer à ce vocabulaire fonctionnel. Répondre aux analyses chiffrées par d’autres statistiques conforte cette logique aux antipodes du souci de l’être humain. Défendre leurs droits passe avant tout par des mots simples, exacts, humains. C’est à cette condition que les réfugiés retrouveront un visage, qu’ils pourront entrer dans le quotidien de voisins, de lecteurs, d’auditeurs, de citoyens et prendre vie pour chacun d’entre nous, enfin rendus proches.

Anodines corrections de langage, choix de termes justes. Préférons parler de « personnes en demande de protection » au lieu de « demandeurs d’asile » dont l’usage est dévoyé, le sens méconnu et la représentation négative. Rappeler qu’il s’agit de « personnes » n’est malheureusement pas anodin aujourd’hui. De même, « le besoin de protection » des personnes en demande nous rappelle que celles-ci sont ici chez nous par nécessité, non par choix. Moins qu’une instance de « traitement des demandes d’asile », l’Ofpra1 « examine les demandes de protection ».


Reconnues réfugiées, les personnes sont « protégées » et non pas « régularisées », terme qui renvoie à ceux de « sans-papiers », « clandestins » ou de « situation irrégulière », tous connotés négativement et sans rapport avec la protection des réfugiés.


Parler de réfugiés « économiques, environnementaux ou écologiques » est aussi inapproprié. Une personne n’est « réfugiée » que si elle craint des persécutions en cas de retour dans son pays sans qu’elle ne puisse bénéficier d’aucune protection de la part de son État. La protection débute d’abord par l’emploi et l’usage de « mots qui parlent » pour éviter « les mots qui dérivent ». Défenseurs des droits humains, soyons aussi défenseurs des mots humains !


Jean-François Dubost
Pour le Service Réfugiés d’Amnesty France

1/Office français de protection des réfugiés et apatrides.

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