Enseignant et dirigeant syndical, torturé et emprisonné avec d’autres leaders des manifestations de Redeyef et de la région de Gafsa
Mise à jour
Le 4 novembre 2009, 68 personnes ont été libérées à la faveur d’une grâce accordée par le président Ben Ali à l’occasion du 22e anniversaire de son accession au pouvoir.
Toutes ces libérations seraient toutefois conditionnelles et ceux qui violent les conditions fixées risquent fort d’être de nouveau arrêtés et sommés de purger le restant de leur peine ou placés en résidence surveillée pendant cette même période.
Et la grâce présidentielle ne s’applique qu’aux détenus dont la condamnation est considérée comme finale, et exclut ceux qui se sont réfugiés dans la clandestinité et ont été jugés par contumace – ils seraient une cinquantaine.
Tout en se félicitant de ces libérations, Amnesty International exhorte donc les autorités tunisiennes à élargir l’application de la grâce présidentielle afin qu’elle englobe tous ceux qui sont inculpés en raison de leur participation pacifique au mouvement de protestation de Gafsa.
Elles doivent aussi lever les restrictions imposées aux détenus libérés et les rétablir ainsi que leurs familles dans leurs droits. |

Djemaa Hajji, femme du syndicaliste Adnane Hajji, lors d’une manifestation
de femmes de détenus, le 9 avril 2008.
© Privé
Adnane Hajji est le leader de la branche locale du Syndicat général des travailleurs tunisiens (UGTT).
Il purge une peine de huit ans de prison, après un procès inéquitable et pour la seule raison qu’en tant que leader syndical, il passe pour être le personnage clé dans l’organisation des manifestations dans la région de Gafsa en 2008.
Pour Amnesty International, Adnane Hajji est un prisonnier d’opinion détenu uniquement pour son exercice pacifique du droit à la liberté d’expression et de réunion.
ll s’est illustré en soutenant le mouvement qui, depuis janvier 2008, n’a fait que s’amplifier dans cette région pauvre du sud-ouest de la Tunisie. Le point de départ de la contestation est venu de diplômés chômeurs, après
l’annonce de résultats manipulés d’un concours de recrutement ouvert par la société d’exploitation du phosphate au profit des proches de notables corrompus.
Rapidement, le mouvement a embrasé l’ensemble de la région pour dénoncer plus largement la marginalisation sociale et économique de ce bassin minier, pourtant riche par rapport au reste du pays.
Le 7 avril 2008, la police a procédé à l’arrestation de dirigeants syndicaux de la région qui ont participé la veille à une réunion de solidarité qui s’est tenue à Tunis.
Adnane Hajji ; Taïeb Ben Othman, enseignant syndicaliste ; Boujemaa Echrayti, secrétaire général du syndicat de la santé de Redeyef, ont été passés à tabac par la police puis arrêtés.
Les officiers du Département de sécurité de l’État ont jeté Adnane Hajji à terre et lui ont donné des coups de pied à plusieurs reprises, avant de le menotter et de le frapper au visage. Ils l’ont gardé au commissariat de Redeyef, où des officiers lui ont brûlé le cuir chevelu avec des cigarettes.
Transféré par la suite au commissariat de Gafsa, puis relâché sans charge quatre jour après, il est arrêté à nouveau le 21 juin 2008, avec trente-six autres leaders du mouvement.
Dix-huit ont été condamnés et purgent des peines allant de deux à huit ans de prison.
En juillet et août 2008, ses avocats furent empêchés par les autorités de la prison de lui rendre visite.
Adnane Hajji, qui souffre de problèmes rénaux, n’a pas été autorisé par les autorités de la prison à recevoir les médicaments apportés par son épouse.
Adnane Hajji a été transféré à la prison de Mornaguia sous le prétexte de recevoir des soins appropriés.
Cependant Amnesty International a été informé qu’il ne recevait pas les soins dont il avait besoin.
La prison est située à quelques 350 km de Redeyef où vivent son épouse et sa fille.
Comme Adnane, les prisonniers ont été transférés loin de leur région d’origine, ce qui rend les visites de leurs familles, souvent pauvres, quasi impossibles.
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