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AGIR
25.02.2008
Au Darfour, les femmes ne sont même pas en sécurité dans les camps de déplacés


Famille de réfugiés dans le camp de Goz Amer, est du Tchad
Famille de réfugiés dans le camp de Goz Amer, est du Tchad
Dans la province soudanaise du Darfour, 200 000 personnes sont mortes directement ou indirectement du conflit qui ravage cette région depuis 2003. 2,3 millions personnes ont dû quitter leurs villages, attaqués et incendiés par des groupes paramilitaires, pour se réfugier dans 65 camps répartis dans tout le Darfour. Pourtant, là aussi, dans des lieux normalement protégés, la violence menace en permanence, en particulier les femmes.
Alors qu’au 1er janvier 2008, la force hybride Union africaine - Nations unies, MINUAD, a pris le relais de la force de l’Union africaine, MUAS, Amnesty International publie un rapport «Les déplacés du Darfour : la génération de la colère».


Depuis 2007, le conflit au Darfour s’est aggravé : la force de l’Union africaine a été incapable de se défendre, et encore moins de protéger la population.
Certains jours, une seule patrouille s’aventurait dehors, sur un territoire grand comme la France !
Les milices ont eu le champ libre pour multiplier les exactions contre la population civile et les humanitaires qui tentaient de leur porter secours.
Loin d’être des havres de paix, les camps sont parfois de véritables poudrières et n’assurent pas la sécurité des déplacés, en particulier celle des femmes.
Violées sur le chemin…



Une fillette réfugiée soudanaise dans l'Est du Tchad collectant du bois
Une fillette réfugiée soudanaise dans l'Est du Tchad collectant du bois
« Nous avons perdu nos maris, nos villages et nos familles et nous ne pouvons même pas nous rendre en ville ni ramasser du bois en sécurité ; cela dure depuis quatre ans
Quatre ans que les femmes, comme celle-ci qui vit dans le camp d’Al Daein, au sud de la province, vivent dans l’angoisse à chaque sortie pour se rendre au marché en ville ou pour aller chercher de l’eau, ou du bois, de plus en plus loin.
Avec à chaque pas, tous les jours, le risque d’être attaquées, violées.
Par ceux-là mêmes qui ont l’obligation de les protéger : des soldats gouvernementaux, des policiers. Par les miliciens arabes Janjawids, qui mettent en œuvre une véritable stratégie : chaque viol rappelle aux femmes qu'elles ne sont en sécurité qu'à l'intérieur des camps car la terre appartient aux Janjawids.
Par les miliciens des mouvements d’opposition au gouvernement.
Par des hommes, à l’intérieur même du camp.
Ici et là, les troupes de l’Union africaine escortaient les femmes lors de leurs déplacements : récemment, ces «patrouilles du bois» ont pratiquement cessé.
Quant aux hommes qui se risquent à sortir pour les corvées, ils sont soit battus, soit tués.

Les femmes ont renoncé à demander justice et à porter plainte, en raison de l’impunité de fait dont jouissent militaires et policiers.
Violées, elles préfèrent se taire pour ne pas entacher leur réputation (par le passé, des femmes qui avaient dénoncé un viol ont été arrêtées pour adultère), ou pour les plus jeunes, ne pas compromettre leur mariage.
Même silence de la part des très jeunes filles victimes de sévices, de relations forcées, avortant en cachette, qui parviennent à travailler dur en ville pour gagner un peu d’argent pour la famille restée au camp.


« Nous sommes sorties du camp en mai l'été dernier [2007].
On était cinq amies de treize à seize ans, et nous sommes allées ramasser du bois.(…)
L'homme a commencé à arracher ma tawb [tunique] alors que j'étais par terre, je l'ai repoussé et il est tombé.
Je me suis relevée et j'ai pris une grosse pierre pour le frapper mais un autre m'a attrapée solidement par derrière et il m'a fait retomber.
Les deux hommes m'ont arraché les vêtements et ils m'ont violée jusqu'à ce que je perde connaissance.
Quand je suis revenue à moi, j'étais nue et j'avais le corps recouvert d'urine. (…)
Maintenant, je vais bien et je suis mariée, mais je n'oublierai jamais ce qui s'est passé
»

Amina.



Les camps : de véritables poudrières


Famille de réfugiés portant tous leurs biens restant après les inondations saisonnières près de Bahai
Famille de réfugiés portant tous leurs biens restant après les inondations saisonnières près de Bahai
L'antipathie entre les déplacés et la police a déjà provoqué des heurts violents dans les camps, où la surpopulation (120 000 personnes dans celui de Gereida !), les dissensions ethniques et politiques, l’inactivité, l’enfermement sans horizon créent de nombreuses tensions.
En particulier chez les jeunes.
«Ils ressentent beaucoup de colère et ils ne savent pas comment la gérer. Cette jeune génération peu instruite, sans travail ni perspective d'avenir, ne peut penser qu'à prendre les armes», témoigne un humanitaire soudanais.

Même si les efforts des ONG et de l’UNICEF permettent de scolariser dans les camps plus d’un quart des enfants d’âge primaire, beaucoup, surtout parmi les adolescents, restent complètement inoccupés : une génération grandit dans la frustration, la colère, le chômage, l’envie d’une vie décente, comme celle de leurs compatriotes qui habitent la ville voisine de leur camp.
Pas étonnant que certains, malgré les dénégations des responsables, soient tentés par les armes.
Des responsables dans les camps et au gouvernement, qui tentent de rapatrier les déplacés chez eux. Avec ou sans leur consentement, contrairement au droit international.
Selon le gouvernement, des dizaines de milliers de paysans ont pu rentrer sur leurs terres.
Mais rares sont les lieux où la paix est assurée. Beaucoup rebroussent chemin et retournent dans leur camp, avec encore plus de désespoir.

 



En savoir plusSoudan. Les déplacés du Darfour. La génération de la colère.
Rapport public du 22 janvier 2008 - Index AI: AFR 54/001/2008




Recommandations d’Amnesty International aux autorités soudanaises

- prendre les mesures nécessaires pour que les forces de police soient formées à recueillir et enquêter sur les allégations de viols et d’abus sexuels ;

- mettre un terme à l’impunité dont jouissent les auteurs de ces violences ;

- proposer une aide médicale et psychologique appropriées aux femmes et jeunes filles victimes de violences sexuelles ou viols ;

- faire en sorte que les femmes et jeunes filles puissent obtenir une assistance légale et les informations nécessaires pour connaître leurs droits.



Recommandations d’Amnesty International au commandement de la MINUAD

- la MINUAD doit effectuer des patrouilles régulières autour des camps pour assurer la sécurité des personnes déplacées ;

- la MINUAD doit enregistrer et rapporter les cas de viols et d’abus sexuels ;

- la MINUAD doit former des femmes officiers de police pour traiter des cas de viols et violences sexuelles.

 

 

AgissezVous pouvez agir en recopiant ou téléchargeant la lettre suivante et en l’envoyant au Représentant de la force hybride Union africaine - Nations unies (MINUAD)

(affranchissement depuis la France : 0,85 euros)

Rodolphe Adada
UN-AU Joint Special Representative for Darfur
UN Headquarters
Khartoum
SOUDAN

Monsieur le Représentant spécial,

Je suis très préoccupé(e) par le sort des civils du Darfour et particulièrement par celui des milliers de femmes et de fillettes victimes de viols.

Je demande à la MINUAD d’assurer la protection des personnes déplacées en patrouillant en permanence autour des camps.
Les membres des unités de la MINUAD doivent enregistrer toutes les allégations de viols ou de violences sexuelles. Il est important également que des femmes officiers de police, spécialement formées pour s’occuper de ces questions, soient recrutées et déployées sur le terrain.
Enfin, j’attire votre attention sur la fait que les personnes déplacées - sans oublier les femmes - doivent participer à la prise de décision concernant la sécurité de leur camp.

Veuillez agréer, Monsieur le Représentant spécial, l’expression de ma haute considération.

Nom, prénom
adresse, Pays
date, signature


 



Carte du Soudan ? Darfour © AISommaire de nos pages sur la situation au Soudan - Darfour

 

 



Campagne Halte à la violence contre les femmes © AISommaire de nos pages sur les droits des femmes