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Au Darfour, les femmes ne sont même pas en sécurité dans les camps de déplacés
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25.02.2008
Au Darfour, les femmes ne sont même pas en sécurité dans les camps de déplacés
![]() Famille de réfugiés dans le camp de Goz Amer, est du Tchad © UNHCR/H.Caux Alors qu’au 1er janvier 2008, la force hybride Union africaine - Nations unies, MINUAD, a pris le relais de la force de l’Union africaine, MUAS, Amnesty International publie un rapport «Les déplacés du Darfour : la génération de la colère». Depuis 2007, le conflit au Darfour s’est aggravé : la force de l’Union africaine a été incapable de se défendre, et encore moins de protéger la population. Certains jours, une seule patrouille s’aventurait dehors, sur un territoire grand comme la France ! Les milices ont eu le champ libre pour multiplier les exactions contre la population civile et les humanitaires qui tentaient de leur porter secours. Loin d’être des havres de paix, les camps sont parfois de véritables poudrières et n’assurent pas la sécurité des déplacés, en particulier celle des femmes. Violées sur le chemin…
![]() Une fillette réfugiée soudanaise dans l'Est du Tchad collectant du bois © UNHCR/H.Caux Quatre ans que les femmes, comme celle-ci qui vit dans le camp d’Al Daein, au sud de la province, vivent dans l’angoisse à chaque sortie pour se rendre au marché en ville ou pour aller chercher de l’eau, ou du bois, de plus en plus loin. Avec à chaque pas, tous les jours, le risque d’être attaquées, violées. Par ceux-là mêmes qui ont l’obligation de les protéger : des soldats gouvernementaux, des policiers. Par les miliciens arabes Janjawids, qui mettent en œuvre une véritable stratégie : chaque viol rappelle aux femmes qu'elles ne sont en sécurité qu'à l'intérieur des camps car la terre appartient aux Janjawids. Par les miliciens des mouvements d’opposition au gouvernement. Par des hommes, à l’intérieur même du camp. Ici et là, les troupes de l’Union africaine escortaient les femmes lors de leurs déplacements : récemment, ces «patrouilles du bois» ont pratiquement cessé. Quant aux hommes qui se risquent à sortir pour les corvées, ils sont soit battus, soit tués. Les femmes ont renoncé à demander justice et à porter plainte, en raison de l’impunité de fait dont jouissent militaires et policiers. Violées, elles préfèrent se taire pour ne pas entacher leur réputation (par le passé, des femmes qui avaient dénoncé un viol ont été arrêtées pour adultère), ou pour les plus jeunes, ne pas compromettre leur mariage. Même silence de la part des très jeunes filles victimes de sévices, de relations forcées, avortant en cachette, qui parviennent à travailler dur en ville pour gagner un peu d’argent pour la famille restée au camp.
![]() Famille de réfugiés portant tous leurs biens restant après les inondations saisonnières près de Bahai © UNHCR/H.Caux En particulier chez les jeunes. «Ils ressentent beaucoup de colère et ils ne savent pas comment la gérer. Cette jeune génération peu instruite, sans travail ni perspective d'avenir, ne peut penser qu'à prendre les armes», témoigne un humanitaire soudanais. Même si les efforts des ONG et de l’UNICEF permettent de scolariser dans les camps plus d’un quart des enfants d’âge primaire, beaucoup, surtout parmi les adolescents, restent complètement inoccupés : une génération grandit dans la frustration, la colère, le chômage, l’envie d’une vie décente, comme celle de leurs compatriotes qui habitent la ville voisine de leur camp. Pas étonnant que certains, malgré les dénégations des responsables, soient tentés par les armes. Des responsables dans les camps et au gouvernement, qui tentent de rapatrier les déplacés chez eux. Avec ou sans leur consentement, contrairement au droit international. Selon le gouvernement, des dizaines de milliers de paysans ont pu rentrer sur leurs terres. Mais rares sont les lieux où la paix est assurée. Beaucoup rebroussent chemin et retournent dans leur camp, avec encore plus de désespoir.
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