Des mesures partielles marquées par un manque de conviction
Les Objectifs du millénaire pour le développement résument l'essentiel des grandes mesures envisagées par la communauté internationale pour lutter contre le fléau de la pauvreté.
Ces huit objectifs ont été acceptés par tous les gouvernements présents lors du Sommet du millénaire organisé par les Nations unies en 2000.
Ils définissent les buts que la communauté internationale se propose d’atteindre d’ici 2015 (éradication de la misère et de la faim, enseignement primaire universel et réduction de la mortalité infantile, notamment).
Ces Objectifs sont louables, dans la mesure où ils traduisent une volonté d’en finir avec la pauvreté et d’évaluer les progrès réalisés en la matière, mais ils sont aussi terriblement insuffisants.
Ils reflètent certes un consensus planétaire tout à fait remarquable.
Pour la première fois, tous les acteurs de premier plan, pays riches et pauvres confondus, se sont mis d’accord sur le fait que leur action en faveur du développement devait mettre un terme à la pauvreté, qu’il fallait prendre des mesures spécifiques à cet effet et que la responsabilité pour y parvenir était partagée.
Le huitième Objectif parle de mettre en place un « partenariat mondial », insistant sur la nécessité pour les pays riches de s'engager en faveur d'une réduction de la dette, de mettre en place un système de commerce ouvert et non discriminatoire, et d’aider davantage les pays décidés à réduire la pauvreté.
Soumettre la multitude de programmes de développement existants à une seule et unique grille de lecture, constituée de buts mesurables, confère à l’ensemble une unité d’intention fondamentale, mais un certain nombre de dangers bien réels menacent les Objectifs.
En effet, dans leur état actuel, ils masquent une persistance des discriminations, cause majeure de la pauvreté.
Par ailleurs, ils n'apportent pas de solutions aux atteintes aux droits humains omniprésentes qui maintiennent les gens dans la misère et constituent des obstacles directs à toute avancée vers leur réalisation.
Enfin, ils ne prévoient aucune mesure pour les gouvernements des pays, riches ou pauvres, qui ne respectent pas les engagements pris.
Les huit Objectifs, dont certains sont plus précis que d'autres, comportent des points spécifiques à atteindre (21 au total), qui définissent spécifiquement les engagements pris par les gouvernements signataires.
L’Objectif 1 (éliminer l’extrême pauvreté), par exemple, se traduit par plusieurs engagements précis : réduire de moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour, assurer le plein-emploi et la possibilité pour chacun de trouver un travail décent et productif, et réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim.
L’Objectif 3 (autonomisation des femmes) prévoit que les États doivent s'engager à éliminer les disparités entre les sexes à tous les niveaux de l’enseignement.
L’Objectif 5 (améliorer la santé maternelle) donne pour mission aux gouvernements de réduire des trois quarts leur taux de mortalité maternelle et de garantir l’accès universel aux produits de santé en matière de procréation.
Il existe également une soixantaine d’indicateurs encore plus précis, sur lesquels tous les gouvernements se sont mis d’accord et qui permettent de mesurer les progrès accomplis.
Or, ces progrès sont pour l'instant inégaux.
La crise alimentaire, ainsi que l’aggravation du chômage et le risque de voir l’aide extérieure fondre en raison de la récession mondiale, hypothèquent aujourd’hui toute nouvelle avancée. Il existe de profondes lacunes, aussi bien dans la manière dont les progrès sont évalués que dans les cibles choisies pour illustrer ces derniers.
Le problème le plus fondamental reste cependant l'absence d'obligation de rendre des comptes dont souffrent les Objectifs.
Les pays développés promettent aide et commerce équitable, sans que leurs discours se traduisent par des actes.
Certains pays pauvres préfèrent acheter des armes coûteuses, plutôt que d’investir dans l’éducation.
Les engagements en faveur d'un monde où les femmes pourraient prendre en main leur destinée ne se traduisent pas par de véritables politiques en ce sens et la violence omniprésente dont sont victimes les femmes maintient ces dernières en marge de la société.
Lorsqu’un gouvernement ne respecte pas ses promesses, ce sont les pauvres qui en subissent les conséquences, pas lui.
Ces lacunes pourraient être comblées si les Objectifs s'inscrivaient pleinement dans une perspective de respect des droits humains.
Tels qu’ils sont actuellement formulés, certains de ces Objectifs sont en-dessous des engagements déjà contractés librement par les gouvernements, au titre de la législation internationale, de respecter et de faire respecter les droits fondamentaux.
L’une des critiques adressées aux Objectifs est notamment qu'ils ne sont que partiels.
Il est par exemple question de réduire de moitié, d’ici 2015, la proportion de ceux qui ont faim, ou de diminuer des deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans.
Or, les États se sont déjà engagés, au titre de traités relatifs aux droits humains existants, ratifiés pour certains il y a plusieurs dizaines d’années, à atteindre de tels objectifs, mais pour toute la population.
Ces engagements exigent des États qu'ils mettent activement en place des stratégies permettant de faire des droits humains une réalité, et non qu'ils se contentent de réduire de moitié les atteintes à ces droits.