Pakistan. Une attaque visant une chaîne de télévision illustre les menaces pesant sur la liberté d'expression

[15/01/2016]

L’attaque à la grenade contre les bureaux d’ARY TV à Islamabad représente une nouvelle atteinte à la liberté d'expression au Pakistan, soulignant le danger croissant auquel sont confrontés les professionnels des médias dans le cadre de leur travail, a déclaré Amnesty International jeudi 14 janvier.   

Deux agresseurs à moto ont lancé une grenade et semble-t-il tiré des coups de feu sur les bureaux d’ARY TV tard mercredi 13 janvier. Un monteur vidéo travaillant pour la chaîne a été blessé par des éclats de métal provenant de l’explosion.   

« Il s’agit de la dernière d’une série d’attaques flagrantes prenant pour cible des professionnels des médias qui ne font qu’effectuer leur travail au Pakistan », a déclaré Champa Patel, directrice du bureau régional d’Amnesty International en Asie du Sud.   

Selon des tracts laissés sur place, l’attaque a été menée par Wilayah Khurasan-État islamique, un groupe armé ayant prêté allégeance au groupe armé se faisant appeler État islamique, en représailles contre la manière dont ARY TV a rendu compte des offensives militaires pakistanaises.

« Les professionnels pakistanais des médias peuvent désormais ajouter la possibilité d’être visé par une explosion à une liste de risques professionnels sur laquelle figurent déjà les enlèvements, les actes d’intimidation, les homicides et les manœuvres de harcèlement par les autorités ou des acteurs non-étatiques », a déclaré Champa Patel.   

« Le but de ces attaques est d’intimider et de censurer la presse dans son ensemble, et de battre en brèche la liberté d’expression. »

Ces deux derniers mois, Wilayah Khurasan-État islamique a revendiqué plusieurs attaques contre les bureaux de Dunya TV à Faisalabad en novembre 2015, et de Din News à Lahore en décembre 2015. En tout, au moins deux professionnels des médias ont été tués et six autres ont été blessés en 2015 en relation avec leur travail.   

Les professionnels des médias et les journalistes sont également menacés et harcelés par des acteurs étatiques au Pakistan.   

L’attaque visant les bureaux d’ARY survient un jour après que des rangers paramilitaires pakistanais sont entrés par la force au domicile d’un journaliste du New York Times à Islamabad et ont fouillé les lieux sans présenter de mandat. Le gouvernement a déclaré que la descente au domicile de Salman Masood s'inscrivait dans une opération de plus grande ampleur dans cette zone, mais il a depuis lors été établi que seules deux ou trois autres maisons du quartier ont été perquisitionnées.   

Le ministre de l’Intérieur a ordonné l’ouverture d’une enquête sur cette opération le jour même. Quoi qu’il en soit, non seulement ces agissements constituent une atteinte au droit de ce journaliste à la vie privée, mais ils pourraient également être perçus comme une tactique visant à l’intimider en raison de son travail, qui porte souvent sur la politique du gouvernement actuel et l’armée.   

Amnesty International exhorte les autorités à mener sans délai une enquête approfondie et transparente sur les attaques ayant visé des professionnels des médias et des journalistes, et de déférer les responsables présumés à la justice. Les autorités doivent par ailleurs offrir une protection digne de ce nom aux professionnels des médias, aux journalistes et à leurs proches lorsqu’ils sont victimes de menaces et d’attaques en raison de leur travail légitime, tout en garantissant leur indépendance.