Nicaragua. Le Nicaragua met sur la touche des communautés autochtones au profit d'un canal de plusieurs milliards de dollars

[09/02/2016]

La gestion irréfléchie par le Nicaragua d'un projet de plusieurs milliards de dollars qui verra un canal couper le pays en deux va entraîner le déplacement de dizaines de milliers de personnes et mettre leurs moyens de subsistance en péril, a déclaré Amnesty International après que les dirigeants de trois communautés Rama-Kriol, autochtones et d'ascendance africaine, ont déposé un recours auprès de la plus haute instance judiciaire du pays. 

« Le fait que le Nicaragua prévoit de réaliser un projet gigantesque qui va détruire la vie de nombreuses communautés, sans même prendre leur point de vue en considération, est scandaleux, a déclaré Erika Guevara, directrice du programme Amériques à Amnesty International. 

« Transiger sur les droits fondamentaux des populations pour de l'argent est non seulement contestable d'un point de vue moral, mais aussi illégal. Les autorités au Nicaragua doivent veiller à écouter ceux qui seront le plus touchés par la construction du canal et prendre en compte leur opinion dans le processus de décision. » 

Le Canal du Nicaragua (appelé « grand canal interocéanique ») traversera ce pays d'Amérique centrale et reliera l'Atlantique au Pacifique. D'après le recours déposé le 5 février, il impactera sur 52 % de son tracé les communautés autochtones et d'origine africaine Rama-Kriol. La concession du projet a été accordée à l'entreprise privée Hong Kong Nicaragua Canal Development Investment Company. 

Certaines communautés habitant le secteur où le canal sera construit déplorent que les autorités ne les aient pas dûment consultées quant à l'impact du projet sur leurs moyens de subsistance. Dans le recours déposé, les dirigeants des communautés Rama-Kriol, autochtones et d'ascendance africaine, expliquent que les représentants de l'État ont fait pression sur ces communautés pour qu'elles donnent leur accord. Malgré leurs demandes d'information, elles n'ont pas été informées avec précision des répercussions qu'aura le canal sur leurs moyens d'existence, leur territoire et leur culture.