Fermer Guantanamo : une bonne intention mais…

Manifestation pour la fermeture de Guantanamo, Paris 2012 © Pierre-Yves Brunaud
Manifestation pour la fermeture de Guantanamo, Paris 2012 © Pierre-Yves Brunaud

[24/02/2016]

UN CONGRÈS PAS ACQUIS

Nous saluons le nouvel engagement du Président de fermer Guantánamo et soutenons plusieurs aspects de son plan ; cependant, la proposition de déplacer certains des détenus vers le territoire américain continental pour les y maintenir en détention sans inculpation est imprudente et peu judicieuse.

Cela ne satisfera certainement pas les membres du Congrès qui semblent déterminés à faire de Guantánamo une prison extraterritoriale permanente pour les individus capturés dans une guerre mondialisée, visiblement sans fin.
Et cela ne mettra pas fin non plus à la détention illimitée ; cela la transfèrera juste le problème au territoire américain continental.

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DES INCARCÉRATIONS À VIE SANS INCULPATIONS 

Cette possibilité d'un nouveau système parallèle, au sein même des États-Unis, d'incarcération à vie sans inculpation créerait un dangereux précédent. S'il aboutissait, cela porterait un coup dévastateur aux principes fondamentaux de la justice pénale du pays.

Barack Obama a raison de combattre l'opposition du Congrès à la fermeture de Guantánamo et de réaffirmer son soutien aux options qui prévoient des poursuites judiciaires devant des tribunaux fédéraux ordinaires. Nous saluons son rejet de la peur, de la haine et de l'ignorance qui alimentent l'existence de Guantánamo.

Manifestation pour la fermeture de Guantanamo devant le Capitole à Washington D.C. © Scott LangleyManifestation pour la fermeture de Guantanamo devant le Capitole à Washington D.C. © Scott Langley

DÉPLACER LE PROBLÈME PLUTÔT QUE LE RÉGLER

Guantánamo doit être fermé en s'attaquant de front au problème, pas en le déplaçant ailleurs. Amnesty International USA a écrit au président Barack Obama au mois d'octobre [2015] pour lui recommander que tout plan de fermeture de Guantánamo mette [également] fin à la détention illimitée sans inculpation ou procès, abandonne les commissions militaires au profit des tribunaux fédéraux et assure l'obligation de rendre des comptes et des compensations pour les violations des droits humains.

Les commissions militaires ne parviennent ni à respecter les principes des droits humains, ni à obtenir justice. Bien évidemment, toute personne responsable des crimes contre l'humanité qui ont été commis le 11 septembre 2001 doit être traduite en justice dans le cadre d'un procès équitable. Mais Guantánamo et les commissions militaires n'ont pas apporté cette justice, et ne sont pas en mesure de le faire. Ceux qui ont perdu leurs proches dans ces attaques méritent d'obtenir justice pendant qu'ils sont en vie. Et pourtant, les procès des commissions militaires ne semblent pas près de débuter (ne parlons même pas de se terminer) dans les années à venir, mais lorsqu'ils auront finalement lieu, ils ne répondront pas aux normes internationales en matière de procès équitables. Amnesty International réclame que les procès pour les violations des droits humains et les crimes de droit international soient tenus devant des tribunaux civils et non militaires ; et s’oppose au jugement des civils devant des juridictions militaires.


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