Comment l'Union européenne tente de se débarrasser des réfugiés

Un réfugié syrien en Turquie © REUTERS
Un réfugié syrien en Turquie © REUTERS

[12/03/2016]

Mise à jour du 12/03/16 :

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission européenne Jean Claude Juncker ont exposé les grandes lignes du projet d'accord final entre l'UE et la Turquie, en amont de la réunion du Conseil européen prévue les 17 et 18 mars.
La proposition qui consiste à installer un Syrien sur le territoire de l'UE pour chaque réfugié syrien renvoyé de la Grèce vers la Turquie, est émaillée d'irrégularités morales et juridiques.
Il est troublant que dans ce plan, chaque place de réinstallation offerte à un Syrien en Europe soit conditionnée au fait qu'un autre Syrien risque sa vie en embarquant à destination de la Grèce.

 Les dirigeants turcs et européens ont touché le fond aujourd'hui, en marchandant les droits et la dignité de personnes parmi les plus vulnérables au monde. L'idée de troquer des réfugiés contre des réfugiés est déshumanisante, et n'offre pas de solution durable à la crise humanitaire actuelle »

Iverna McGowan, directrice du Bureau européen d'Amnesty International

La Turquie serait un « pays sûr »

Pour réussir leur plan, les responsables européens doivent décider que la Turquie est un pays sûr pour les réfugiés. Une idée absurde et déconnectée de la réalité dans ce pays

- Des réfugiés ont été purement et simplement renvoyés en Syrie et continuent de l’être

- Les forces de sécurité turques ont même tiré sur des syriens qui tentaient de se mettre à l’abri sur le territoire turc.

- Des milliers de réfugiés syriens vivent dans des conditions terribles, sans aide, soutien ni aucune perspective de protection ;

- Des centaines de milliers d’enfants syriens n’ont accès à aucune éducation.

- Les autres réfugiés subissent les mêmes conditions de vie que les Syriens mais en plus vivent dans une « zone grise juridique », leur demande d’asile n’étant pas du tout examinée.

Lire aussi : les projets inquiétants de l'UE et de la Turquie

3 milliards d’euros pour la Turquie mais ….

A la fin de l’année 2015, l’UE a acté le principe de verser 3 milliards d’euros à la Turquie en contrepartie de sa coopération pour « endiguer  les flux migratoires » vers l’UE.

Une telle somme d’argent ne peut pas être versée sans être assorties de deux garanties :

- l’assurance que l’argent sera réellement utilisé pour améliorer le sort des réfugiés en Turquie ; 

- la cessation immédiate des violations des droits humains que commettent les autorités turques.

La Turquie, premier pays de refuge au monde

La Turquie accueille le plus grand nombre de réfugiés au monde : 3 millions.

Des dizaines de milliers de personnes fuient les violences en Syrie et cherchent à franchir la frontière de la Turquie pour se mettre à l’abri.

Selon, l’Agence des Nations-unies pour les réfugiés, 91% des personnes qui traversent  la mer Egée (entre la Grèce et la Turquie) depuis le début de 2016 viennent de  Syrie,Afghanistan, Irak. 

Il n’y a aucun doute que ces personnes ont besoin d’être protégées.

L’Europe a un devoir absolu de protéger les réfugiés. Elle doit le faire notamment en s’engageant résolument, compte tenu de l’urgence, à réinstaller des réfugiés sur son territoire.