Un massacre au Nigeria toujours impuni

© Nichole Sobecki/AFP/Getty Images
© Nichole Sobecki/AFP/Getty Images

[14/03/2016]

DES VICTIMES ABATTUES PAR BALLES OU ÉGORGÉES

Les détenus - des hommes et des garçons, pour beaucoup victimes d’une arrestation arbitraire dans le cadre d’opérations de ratissage - ont été tués après avoir fui la caserne de Maiduguri, dans l’État de Borno, le 14 mars 2014 à la suite d’une attaque de Boko Haram. La majorité d'entre eux ont été abattus par balle. Les autres ont été égorgés. Pour commémorer cette date, des militants d'Amnesty International se rassembleront devant des ambassades nigérianes du monde entier afin de demander l’ouverture d’enquêtes indépendantes et de poursuites.

Il est choquant que deux ans après ces meurtres, justice n’ait toujours pas été rendue pour les victimes et leurs proches.

L’absence d’enquête indépendante signifie que personne n’a eu à rendre de comptes pour ces homicides, ce qui renforce une culture de l’impunité déjà très ancrée au sein de l’armée. 

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UN RAPPORT ACCABLANT 

En juin 2015, Amnesty International a fourni de nombreux éléments montrant que des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre avaient pu être commis. Dans son rapport, l’organisation concluait que l’armée avait sommairement exécuté au moins 1 200 hommes et garçons, et très certainement de nombreux autres, entre 2012 et 2014. Quelque 7 000 autres détenus sont morts de faim, de soif, des suites d’actes de torture ou d’une absence de soins, alors qu’ils se trouvaient sous la responsabilité de l’armée. La torture est monnaie courante et systématiquement utilisée par les forces de sécurité au Nigeria, pendant les arrestations et en détention. Des soldats ont soumis plus de 20 000 suspects à une arrestation arbitraire depuis 2011 et ont enfermé la plupart d’entre eux sans qu’ils puissent s’entretenir avec leur famille ni avec un avocat, et sans inculpation ni jugement.

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Pourtant, malgré les promesses répétées du président Buhari et de son gouvernement selon lesquelles le rapport d’Amnesty International serait examiné, aucune mesure concrète n’a été adoptée afin de diligenter des enquêtes indépendantes. De nombreuses garanties n’ont toujours pas été mises en place ; par exemple, des suspects continuent à être incarcérés sous le contrôle de l’armée sans pouvoir s’entretenir avec un avocat ni leur famille, et sans avoir été inculpés ni présentés devant une autorité judiciaire. 

LIRE / TÉLÉCHARGER  LE RAPPORT

Des galons aux épaules. Du sang sur les mains. Les crimes de guerre commis par l'armée nigériane 


Index AI :
AFR 44/1661/2015
Date de publication : juin 2015