Myanmar : 1 an après les manifestations, des étudiants toujours sous les verrous

Étudiants et nationalistes face à la police anti émeute Letpadan10/3/2015
Étudiants et nationalistes s'affrontant à la police anti émeute - Letpadan 10 mars 2015 © Soe Than WIN/AFP/Getty Images

[10/03/2016]

Un an après le recours à la violence par la police pour disperser des manifestations étudiantes en grande partie pacifiques au Myanmar, les autorités continuent leur répression systématique des militants étudiants et de quiconque s'associe à ces mouvements. Au cours des deux derniers mois, au moins huit dirigeants de syndicats étudiants, manifestants et sympathisants ont été arrêtés ou doivent répondre de nouveaux chefs d'inculpation. Des dizaines d'autres restent derrière les barreaux pendant la durée de leur procès. Ils doivent répondre de chefs d'accusation à caractère politique en raison de leur implication dans des manifestations étudiantes en grande partie pacifiques. Ces dernières avaient été violemment réprimées par la police dans la ville de Letpadan, dans la région de Bago, le 10 mars 2015. 

NOUVELLES INCULPATIONS

Le 24 février 2016, Nilar Thein, membre de 88 Generation Peace et de Open Society et ancienne prisonnière de conscience, a été arrêtée et inculpée pour manifestation sans autorisation préalable au titre de l’article 18 de la Loi relative aux réunions et manifestations pacifiques, pour son rôle dans une manifestation pacifique à Yangon le 15 février 2015. Il s'agissait d'une manifestation en soutien aux manifestants étudiants. Ce n'est que près d'un an plus tard, le 11 février 2016, que les autorités ont délivré un mandat d'arrêt contre elle. Elle est actuellement détenue à la prison d'Insein à Yangon, ayant fait le choix de ne pas demander de libération sous caution.

En février toujours, les autorités ont déposé de nouveaux chefs d'inculpation contre les trois dirigeants de syndicats étudiants, Phyoe Phyoe Aung, Lin Htet Naing et Nandar Sitt Aung pour participation à des manifestations pacifiques non autorisées contre la loi relative à l'éducation nationale fin 2014 et début 2015. Tous trois sont déjà en détention. S'ils sont reconnus coupables, ils encourent d'ores et déjà plusieurs années d'emprisonnement pour leur rôle dans l'organisation d'autres manifestations le 10 mars 2015 dans les villes de Letpadan et Yangon. 

En janvier 2016, quatre étudiants qui avaient organisé une manifestation pacifique dans la région de Mandalay pour commémorer le premier anniversaire des défilés étudiants de grande ampleur contre la loi relative à l'éducation nationale, ont également été inculpés au titre de l’article 18 de la Loi relative aux réunions et manifestations pacifiques. 

Lire aussi : Myanmar : nouvelles charges contre des dirigeants étudiants

La récente vague d'arrestations et d'inculpations contre des dirigeants étudiants, des manifestants et des sympathisants, nous rappelle de manière inquiétante que la police du Myanmar peut, et va faire usage de lois répressives pour arrêter, emprisonner et poursuivre en justice des militants pacifiques pour des motifs politiques. Bien qu'un nouveau gouvernement doive entrer en fonction début avril, en vertu de la Constitution du Myanmar de 2008, les forces de police et l'administration judiciaire resteront sous contrôle de la junte militaire.

UN AN APRÈS, DES DIZAINES DE DÉTENUS SANS ISSUE À L'HORIZON

Un an après leur arrestation, 45 manifestants étudiants sont toujours en détention dans la prison de Tharawaddy tandis que leur procès est en cours. Ils risquent plusieurs années d'emprisonnement pour leur participation à la manifestation de Letpadan du 10 mars 2015. En outre, six membres de syndicats étudiants, qui avaient manifesté un peu plus tard ce jour-là à Yangon contre la répression, sont toujours poursuivis pour leur rôle dans la manifestation. Trois d'entre eux sont actuellement détenus à la prison d'Insein à Yangon. Deux autres militants étudiants sont détenus à la prison de Myingyan, dans la région de Mandalay, tandis que leurs audiences sont en cours. 

Une année plus tard, les autorités du Myanmar n'ont toujours pas mené d'enquête indépendante, impartiale et approfondie sur les allégations d'usage excessif de la force par la police le 10 mars 2015 à Letpadan. 

CONTESTATION ÉTUDIANTE : DE LA NÉGOCIATION À LA RÉPRESSION

La loi relative à l'éducation nationale a été promulguée en septembre 2014. Depuis, des étudiants, leurs dirigeants et leurs sympathisants ont réclamé la modification de la loi, car ils estiment qu'elle restreint les libertés académiques. En février 2015, des mouvements étudiants ont organisé quatre défilés simultanés de manifestants dans tout le pays, qui devaient se rejoindre à Yangon, la première ville du pays. Cependant, les défilés ont été suspendus, leurs représentants ayant débuté des négociations avec le gouvernement et le parlement sur des modifications à apporter à la loi. Lorsque les négociations ont échoué début mars 2015, des manifestants étudiants de Letpadan, dans la région de Bago, ont annoncé qu’ils reprendraient les défilés vers Yangon. La police est intervenue, ce qui a donné lieu à huit jours de confrontation entre les étudiants et la police. 

Le 10 mars 2015, les manifestants ont finalement été dispersés. D’après des témoignages recueillis par Amnesty International, lorsque des membres du cortège avaient essayé de démanteler un barrage de police, des policiers ont commencé à frapper à coups de matraque des manifestants, dont certains étaient tombés à terre. Plus de 100 personnes, des manifestants, des dirigeants du mouvement étudiant et des sympathisants de celui-ci, ont été arrêtées et 81 d'entre elles ont été inculpées de toute une série d’infractions. A ce jour, selon les informations dont dispose Amnesty International, aucun officier de police n'a été traduit en justice pour atteintes aux droits humains. 

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 Retour aux vieilles habitudes ». Une nouvelle génération de prisonniers d’opinion au Myanmar


Index AI : ASA 16/2457/2015 
Date de publication : 8 octobre 2015