RCA : une paix toujours fragile

Il faut renforcer le maintien de la paix en République centrafricaine © Getty Im
Il faut renforcer le maintien de la paix en République centrafricaine © Getty Image

[08/02/2016]

Nous publions un rapport intitulé : "Un mandat pour protéger. Les ressources pour réussir ? Renforcer le maintien de la paix en République centrafricaine". Nous analysons comment de profondes insuffisances sur le plan humain et matériel se sont soldées par l’incapacité pour les casques bleus de prévenir et d’endiguer une explosion de violence qui a fait 75 morts, dont de nombreux civils, à Bangui en septembre 2015.

L'IMPUISSANCE DE LA MINUSCA FACE À LA FLAMBÉE DE VIOLENCE DE SEPTEMBRE

Le 26 septembre
En dépit de la présence de 2 660 policiers et soldats des Nations unies à Bangui, les forces de la MINUSCA n’ont pas été en mesure d’enrayer les violences ayant éclaté le 26 septembre.

Au moins 75 personnes, des civils pour la plupart, ont été tuées en l’espace de trois jours. Des logements ont été détruits, 42 000 personnes ont été déplacées et au moins 12 femmes ont été violées dans un arrondissement au cours de la seule première journée.

 Je suis allée au marché pour faire des courses [...] j’ai entendu des coups de feu. Je me suis mise à courir vers la maison, mais alors que je passais près du bureau local de la Croix-Rouge, j’ai été arrêtée par six hommes [...] en uniformes militaires [...] Ils ont posé des cartons par terre. Un jeune homme et un vieil homme m’ont violée. »
Une jeune fille de 18 ans

Le 27 septembre
La MINUSCA s’est montrée incapable de répondre aux appels de professionnels médicaux lui demandant d’escorter les blessés jusqu’aux hôpitaux.

Nous avons reçu 25 blessés dont 13 blessés graves, mais nous n’avons pas pu les emmener à l’hôpital avec notre véhicule, car l’accès était bloqué pour des raisons de sécurité. Mon équipe a appelé la MINUSCA pour obtenir de l’aide, mais la MINUSCA a dit qu’elle ne pouvait pas venir [...] Le lendemain, six des blessés graves étaient morts. »
Un professionnel de santé

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QUAND LE MANQUE DE RESSOURCES EMPÊCHE DE RÉAGIR

Si la faiblesse de l’État centrafricain a régulièrement été citée parmi les principaux facteurs entravant les efforts de protection des civils, plusieurs experts interrogés ont également évoqué divers motifs de préoccupation en rapport avec la capacité de la MINUSCA. Ils ont pointé du doigt de grands manques en matière de formation et d’équipement, ainsi que l’insuffisance supposée des effectifs mis à la disposition des casques bleus.

Lorsque des coups de feu sont tirés, nous pouvons uniquement envoyer des hommes dans des véhicules blindés. Mais beaucoup de ces véhicules sont actuellement hors service. »
Un membre haut placé de la Minusca

Des experts ont également évoqué des problèmes considérables en termes de coordination entre les différentes composantes de la force de maintien de la paix. Ceux-ci ont eu pour conséquence la non-utilisation, lors des premiers jours des violences, de plus de 450 soldats des Nations unies stationnés à Bangui.

On attendait beaucoup d’eux. Ils nous avaient dit de patienter. Qu’ils seraient bientôt 12 000. Mais aujourd’hui, alors qu’ils sont 12 000, on ne les voit pas sur le terrain [...] Lorsqu’on les attend pour une intervention, ils n’arrivent jamais. Ou alors, quand ils arrivent, c’est trop tard. »
Un résident de Bangui

PAS DE SOLUTION SANS MOYENS

Des mesures prises par la MINUSCA à la suite des événements de septembre 2015, notamment l’arrivée d’effectifs supplémentaires à Bangui ainsi qu’une réorganisation au sein des structures de commandement, leur ont permis de réagir plus efficacement les mois suivant.

Il n’y a cependant guère de garantie que la MINUSCA soit capable de réagir de manière adaptée à une nouvelle flambée de violence de grande ampleur.

La République centrafricaine s’est avérée être l’un des endroits du monde où le maintien de la paix présente le plus de difficultés, et il est vital que la MINUSCA ait les moyens de remplir son mandat, qui consiste à protéger les civils, garantir que justice soit rendue et soutenir le nouveau gouvernement.

La communauté internationale a consenti un investissement important afin d’essayer de mettre fin à des décennies d’instabilité en République centrafricaine, et le temps est venu pour le Conseil de sécurité des Nations unies de renouveler ses engagements.

 

LIRE/TÉLÉCHARGER LE RAPPORT

"Un mandat pour protéger. Les ressources pour réussir ? Renforcer le maintien de la paix en République centrafricaine." 


Index AI : AFR 19/3263/2016  
Date de publication : 8 février 2016