La Chronique de février 2012
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Edito
Tunisie, la mobilisation continue
Tunis, lundi 9 janvier. Conférence de presse pour la sortie du rapport Une année de rébellion. La situation des droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les premiers journalistes arrivent. Les interviews s’enchainent avec les mêmes questions sur notre bilan un an après la Révolution.
Un bilan, surtout un signal d’alarme sur les risques de répression dans la région si l’ampleur des aspirations des populations continue de ne pas être prise au sérieux par leurs gouvernements et la communauté internationale. Ceux et celles qui sont descendus dans les rues à Tunis, à Tripoli ou au Caire, ne demandaient pas que le départ d’un gouvernement : ils attendent des changements profonds. Davantage de libertés, de justice sociale, d’égalité.
La salle de la conférence de presse s’est remplie progressivement, environ cent trente personnes. À la tribune, Mohamed Lofty, chercheur d’Amnesty International, Sondes Garbouj et Lotfti Azzouz, respectivement présidente et directeur de la section tunisienne, et moi-même. Le rapport souligne les mesures positives prises dans la nouvelle Tunisie : la ratification d’importants traités internationaux, l’assouplissement des règles limitant la liberté d’expression et d’association, la levée des restrictions pesant sur les journalistes…
Autant d’ouvertures qui ont permis la création de 187 nouveaux périodiques, 12 nouvelles stations de radio, des dizaines de partis politiques autrefois interdits. Cependant ni la police ni l’appareil judicaire – complices de graves exactions – n’ont été réformés à l’exception de la dissolution de la « police politique ». Les questions fusent, des mains se lèvent pour dénon er les violences qui perdurent en Tunisie, la pression des extrémistes.
La veille, j’ai suivi Sondes à un sit in pacifique face au siège de l’Assemblée constituante en présence d’écrivains, de réalisateurs, d’acteurs. On ne confisquera pas leur « révolution ». J’y rencontre Habib Kasdaghli, le doyen de l’Université de la Manouba, qui résiste, malgré les menaces et les violences physiques, à des groupes salafistes occupant depuis novembre dernier l’université. Ils revendiquent le droit d’assister aux cours et de passer les examens avec un niqab. Quelques jours plus tôt, ils ont enfin été délogés par la police, mais sont déjà revenus. Habib Kasdaghli ne cédera pas.
On y parle aussi de Sejnane, un village des montagnes dans le Nord où de jeunes salafistes ont instauré la charia pour combler le vide laissé par un État absent. La Ligue des droits de l’homme s’est rendue sur place. Son rapport est édifiant. Un cas non isolé. Le jour de la conférence, ce sont les journalistes qui organisent un sit in. La semaine dernière, les enseignants. Dans les universités, la rue, les jeunes restent mobilisés et chaque Tunisien que je rencontre exprime les mêmes craintes avant de conclure « je suis peut être paranoïaque ». Ils veulent croire que leur rébellion est toujours porteuse de changements. Nous aussi.
Geneviève Garrigos
Présidente, Le 20 janvier 2012







