Appel aux autorités sénégalaises : ne tirez pas à balles réelles sur des manifestants pacifiques

Manifestations contre la candidature d'A.Wade © SEYLLOU/AFP/Getty Images
Manifestations contre la candidature d'A.Wade © SEYLLOU/AFP/Getty Images

[31/01/2012]

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une foule qui manifestait contre la décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature du président Abdoulaye Wade à un troisième mandat lors de l’élection présidentielle, qui doit se tenir le mois prochain. Un manifestant et une passante ont ainsi été abattus par la gendarmerie le 30 janvier lors d’une manifestation dans la ville de Podor.

La mort de Mamadou Sy et celle de Bana Ndiaye, âgés respectivement d’une vingtaine et d’une soixantaine d’années constituent une escalade dramatique dans la violence qui a marqué la période pré-électorale au Sénégal.

Un témoin a confié à Amnesty International : "Nous étions en train de marcher pacifiquement lorsque tout à coup des forces de sécurité habillées en bleu et appartenant à la gendarmerie ont tiré sur les manifestants à balles réelles. Des personnes sont tombées sous mes yeux".

Les manifestations du 27 janvier avaient conduit à des affrontements entre manifestants et forces de sécurité au cours desquels un policier a été tué.

Au cours de ces manifestations, trois journalistes ont été passés à tabac par la police : un correspondant de l’Agence France Presse (AFP) et deux femmes journalistes travaillant pour le quotidien le Populaire.
L’une d’elles, Aminatou Ahane, a dit à Amnesty International : "Un policier est descendu d'une voiture et a couru vers nous. Nous avons crié que nous étions des journalistes. Il a saisi les mèches des cheveux de ma collègue, il l'a giflée et il l'a renversée par terre. Il m'a ensuite donné des coups de pied et m'a jetée par terre tout en m'injuriant. Un policier est venu à notre rescousse."

Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho) et coordinateur du Mouvement du 23 juin (M23) qui milite contre un troisième mandat du président Wade a été détenu par la police pendant deux jours.

Un autre militant, le chanteur Daddy Bibson, a été enlevé par des personnes habillées en civil samedi matin, quelques heures après la manifestation. Il a été passé à tabac par des personnes inconnues qui l’ont menacé. Libéré 10 heures plus tard, il a déclaré que ses ravisseurs lui avaient dit que les chanteurs de rap n’allaient pas décider de l’avenir du pays.
Daddy Bibson est l’un des dirigeants du M23 et a récemment sorti une compilation de chansons contre la candidature du président Wade.

La liberté d’expression est menacée au Sénégal au moment même où la nécessité d’un dialogue ouvert est cruciale. Tous ces incidents doivent faire l’objet d’une enquête appropriée et les auteurs présumés de ces actes doivent être traduits en justice.

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