Egypte : les autorités ne parviennent pas à maîtriser les forces de sécurité

Fin février, les forces de l’ordre ont recouru à la force meurtrière au Caire
Fin février, les forces de l’ordre ont recouru à la force meurtrière au Caire et à Suez © Marco Longari/AFP/Getty Images

[22/02/2012]

Entre le 2 et le 6 février, les Forces centrales de sécurité (la police antiémeutes), sous contrôle du ministère de l’Intérieur, ont recouru à une force excessive notamment en utilisant des armes à feu pour disperser les manifestants en colère, faisant au moins 16 morts et des centaines de blessés.

Les promesses de réforme des forces de sécurité continuent de sonner creux au regard de la mort de plus d’une centaine de manifestants au cours des cinq derniers mois.

Non seulement les représentants de l’État égyptien n’ont pas réformé les forces de sécurité, mais ils écartent les preuves qui attestent de l’utilisation de balles en caoutchouc et de balles réelles, en niant et en montrant du doigt l’ingérence étrangère.

Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

Les précédents appels à la réforme des services de sécurité n’ont conduit qu’à des changements partiels, tandis que les forces de l’ordre ont continué d’utiliser gaz lacrymogènes et munitions réelles de manière inappropriée.

Les autorités égyptiennes ont officiellement annoncé des enquêtes sur les événements ayant conduit à des morts et des blessés graves parmi les manifestants. Pourtant, les leçons n’ont pas été tirées et les forces de sécurité, notamment les membres de l’armée, n’ont pas reçu d’instructions claires afin de respecter le droit à la réunion pacifique et de maintenir l’ordre dans le droit fil des normes internationales.

Demandez au Conseil suprême des forces armées (CSFA) de mettre un terme aux procès militaires de civils. Signez

Les policiers ne doivent pas faire usage d'armes à feu contre des personnes, sauf en cas de légitime défense ou pour défendre des tiers contre une menace imminente de mort ou de blessure grave. Ils ne doivent recourir intentionnellement à l'usage meurtrier d'armes à feu que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines.

 

 

Les forces de sécurité ont le devoir de rétablir l’ordre. Toutefois, l’usage excessif de la force témoigne d’un mépris total pour la vie humaine.

Hassiba Hadj Sahraoui.

L’Assemblée parlementaire nouvellement élue doit de toute urgence s’intéresser aux réformes attendues de longue date sur le maintien de l’ordre par les forces de sécurité lors des rassemblements.

Les victimes

Les hôpitaux universitaires du Caire ont reçu quelque 269 blessés en marge des manifestations, ainsi que sept des 11 victimes mortes dans la capitale.

La plupart des blessés souffraient d’avoir inhalé du gaz lacrymogène, ou de blessures causées par des plombs de fusil qui, dans certains cas, ont provoqué la rupture du globe oculaire.

Un manifestant est mort, un plomb ayant atteint son cerveau. Deux autres sont décédés, touchés l’un à la tête et le second au ventre.

À Suez, Amnesty International a obtenu la liste de quelque 85 blessés soignés à l’Hôpital général de Suez, principalement pour des blessures par plombs de fusil et balles réelles. Cinq personnes sont mortes dans la ville, touchées par des balles à la poitrine, à la tête ou au ventre.

Sur cette liste figuraient également quatre membres des forces de sécurité, qui auraient été blessés par des tirs de fusils à Suez.

L’usage excessif de gaz lacrymogènes

Les délégués d’Amnesty International ont vu des policiers antiémeutes tirer sans relâche des gaz lacrymogènes sur des groupes de manifestants hostiles au Conseil suprême des forces armées, rue Mansour et rue Mohamed Mahmoud, au Caire.
 
Selon des médecins bénévoles et des témoins, au Caire comme à Suez, les policiers antiémeutes ont dirigé les tirs de grenades lacrymogènes directement vers les hôpitaux de campagne qui administrent les premiers soins aux manifestants souffrant entre autres d’avoir inhalé ces gaz. À Suez, des journalistes de TV 25 ont également été pris pour cibles directes, ce qui leur a causé des troubles respiratoires.

À Suez, certaines grenades lacrymogènes fabriquées aux États-Unis indiquaient août 2011 comme date de fabrication, ce qui laisse supposer qu’elles provenaient d’une cargaison livrée par les États-Unis à l’Égypte au mois de novembre 2011. En décembre, Amnesty International a demandé aux fournisseurs d’armes dans le monde d’arrêter les transferts de gaz lacrymogènes, d’armes de petit calibre, de munitions et d’autres équipements répressifs à destination de l’armée et des forces de sécurité égyptiennes.

En juin 2011, le secrétaire général d’Amnesty International a présenté un exemplaire de son document Understanding Policing au ministre de l’Intérieur de l’époque, Mansour Essawy. Cet ouvrage explique les normes internationales relatives à l’usage de la force et des armes à feu.

Aux termes de ces normes, les responsables de l'application des lois, notamment, doivent faire un usage de la force proportionnel avec le but légitime poursuivi, et uniquement proportionnel à ce but légitime. Ils doivent recourir autant que possible à des moyens non violents, afin de ne causer que le minimum de dommages et de préserver la vie humaine. 

Ils ne doivent pas faire usage d'armes à feu, sauf en cas de menace imminente de mort ou de blessure grave. Au Caire comme à Suez, le recours intensif et sans discrimination à la force et aux armes à feu, sans avertissement préalable, a causé un grand nombre de victimes, ce qui montre que ces normes internationales n’ont pas été respectées par les forces de sécurité lors des manifestations.