Chine : Chen Guangcheng enfermé à domicile
Le défenseur des droits humains Chen Guangcheng, son épouse Yuan Weiging et leur petite fille sont maintenus à l’isolement depuis septembre 2010.
Le défenseur des droits humains Chen Guangcheng, aveugle, a purgé une peine de quatre ans et trois mois d’emprisonnement pour avoir donné des conseils juridiques à des villageois de la région de Linyi, dans la province de Shandong (à l’est du pays).
Son épouse Yuan Weijing, institutrice et défenseure des droits des personnes handicapées et des femmes est assignée à résidence et surveillée 24 h/24 depuis septembre 2005 sans aucune inculpation.
Le couple a deux enfants, un petit garçon né en 2003 et une petite fille née en 2005. Depuis septembre 2010, la famille vit enfermée dans sa propre maison, en "résidence surveillée" sans aucune liberté de mouvement ou de communication avec l’extérieur.
Cheng Guancheng est l’un des "avocats aux pieds nus", réseau de conseillers juridiques qui soutiennent les habitants de zone rurale dans la défense de leurs droits.
En 2005, les autorités de la ville de Linyi, dans la province de Shandong, auraient procédé, au nom de la politique de contrôle des naissances, à une campagne d’avortements et de stérilisations forcées sur des milliers de femmes de la région. Personne n’a été traduit en justice pour ces exactions présumées. Chen Xuancheng et Yuan Weijing ont intenté une action en justice contre les autorités locales suite à ces allégations. Chen Guangcheng a, depuis lors, été déclaré coupable, à l'issue d’un procès intenté pour des motifs politiques, et a été emprisonné. Yuan Weijing a été elle assignée à résidence, avec interdiction de recevoir des visiteurs.
Une parodie de justice
Arrêté le 11 Mars 2006, Chen Xuancheng a été inculpé de "dommage intentionnel à la propriété publique et perturbation de la circulation par des rassemblements populaires". Au cours de son premier procès devant le tribunal populaire du canton de Yonan, qui s’est tenu le 18 août 2006, la police locale a bloqué, dans un périmètre de 300 mètres, l’accès autour du tribunal, empêchant ainsi ses partisans de s’approcher du tribunal. Trois des frères de Chen ont été autorisés à assister au procès mais son épouse, Yuan Beijing, en a été empêchée par dix policiers qui ont encerclé son domicile. Chen a été défendu par deux avocats désignés par le tribunal car ses propres avocats n’ont pas été autorisés à assister au procès. Celui-ci n’a duré qu’une seule journée et Chen a été déclaré coupable et condamné à quatre ans et trois mois d’emprisonnement.
Chen a fait appel de cette décision et, en octobre 2006, le tribunal populaire intermédiaire de la ville de Lindi a annulé le verdict et ordonné la tenue d’un nouveau procès pour irrégularités de procédure. Lors de ce nouveau procès, qui s’est tenu le 27 novembre 2006, les avocats de Chen ont été autorisés à le défendre mais, à nouveau, le procès a été entaché de graves irrégularités de procédure. Certains témoins clés de la défense, qui affirmaient avoir été torturés afin de témoigner contre Chen lors du premier procès, ont été retenus par la police ou par des hommes en civils afin de les empêcher d’assister au procès. Le tribunal a rendu son verdict le 1er décembre 2006 confirmant la condamnation et la peine initiales. Le 12 janvier 2007, le tribunal populaire intermédiaire de Lindi a annoncé qu’il confirmait ce verdict.
Chen Xuancheng a été détenu à la prison de Lindi. Ses avocats ont déposé des requêtes auprès de l’autorité pénitentiaire et judiciaire demandant qu'il soit autorisé à purger sa peine hors de prison en raison de sa cécité. Aucune réponse n’a été obtenue.
Le 16 Juin 2007, Chen Guangcheng a refusé d'avoir la tête rasée, traitement régulièrement appliqué à tous les prisonniers. Il a été sévèrement battu et frappé par des codétenus sur ordre des gardiens de prison.
En 2008/2009, sa femme a obtenu finalement quelques autorisations de visite. Harcelée par la police à domicile, elle n’était pas autorisée à communiquer à l’extérieur.
Enfermés à domicile
Chen Guangcheng, Yuan Weijing, leur fille de 6 ans et sa mère âgée, demeurent tous sous haute surveillance et sont effectivement coupés du reste du monde. Les autorités ont installé des caméras de surveillance dans le village et autour de la maison. Tout le village de Donshigu est surveillé par la police et des gens apparemment recrutés par la police pour empêcher les visiteurs non-résidents d'entrer.
Seule la mère de Cheng Guangcheng est autorisée occasionnellement à quitter la maison pour aller au marché. Le fils du couple habite chez la sœur de Yuan Weijing , afin de pouvoir aller à l’école. La petite fille n’a pas "d’existence légale", elle n’est donc pas scolarisable dans le secteur publique.
Chen Guangcheng n'a pas été autorisé à consulter un médecin pour un check-up malgré les nombreux maux dont il souffre (toux, diarrhée persistante depuis 2008, douleurs dans le torse qui sont apparues en 2007 après passage à tabac en prison)
Chen Guangcheng a reçu le Prix Ramon Magsaysay 2007 dans la catégorie "leadership émergent" qui est souvent considéré comme le "prix Nobel de la Paix asiatique". Yuan Weijing devait se rendre aux Philippines pour recevoir le prix pour son mari, mais la police locale de Shandong l’a arrêtée à l'aéroport de Pékin et a ramenée chez elle.












