Corée du Nord : l'ONU dénonce des crimes contre l’humanité

Les organisations de défense des droits humains le dénonçaient depuis des années, pour la première fois, une commission d’enquête de l’ONU le confirme dans un rapport extrêmement détaillé, publié le 17 février 2014, sur la situation des droits humains en Corée du Nord. Des crimes contre l’humanité sont commis par les autorités nord-coréennes contre sa propre population, et ce depuis des années, voire des décennies.

Corée du Nord : l'ONU dénonce des crimes contre l’humanité

[19/02/2014]

Des centaines de milliers de prisonniers politiques ont péri dans des camps pendant les cinquante dernières années […], graduellement éliminés par des famines délibérées, le travail forcé, les exécutions, la torture, les viols et le refus des droits de reproduction appliqués par des punitions, des avortements forcés et des infanticides ».
Dans un rapport de 372 pages, rendu public lundi 17 février 2014,  la commission d’enquête mise en place en mars 2012  détaille les horreurs qui accablent la population nord-coréenne, des crimes dépassant souvent l’entendement.

Soutenue et demandée par les organisations de droits humains dont Amnesty International,  elle n’a pu se rendre sur place malgré des demandes répétées au régime de Pyongyang. Elle s’est donc basée sur les multiples témoignages de réfugiés nord-coréens ayant survécu à l’enfer des camps, sur des images satellite et d’autres documents.

Amnesty International lui a remis les témoignages et images collectés sur les 5 dernières années, comme ceux récemment obtenus d’un ancien gardien de camp de prisonniers politiques et d’un ancien capitaine de l’armée et de prisonniers politiques. En voici quelques extraits : 

Les camps

Les camps de prisonniers politiques  regrouperaient actuellement 80 à 100 000 prisonniers, contre 200 000 il y a quelques années. Cette baisse serait due à la fermeture de deux des six camps et au taux de mortalité effrayant qui règne dans les autres : malnutrition, travail forcé et exécutions y sont la règle.
C’est un endroit à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Aucun mot ne peut faire comprendre à quoi ressemble un camp de prisonniers »

Kim Young Soon, ancienne prisonnière ayant passé 9 ans de détention au camp de Yodok

Du lever au coucher du soleil, on travaille. Il n’y a pas d’horaires précis. On se lève à 3h30 du matin, on est au travail à 4h30, et on travaille jusqu’à ce qu’il fasse nuit.

Famine généralisée

Près d’un million de Nord-Coréens sont morts de faim depuis les années 1990. Les famines et les crises alimentaires ont été largement passées sous silence grâce aux contrôles politiques, notamment les restrictions du droit de circuler librement des Nord-Coréens comme des employés des agences humanitaires internationales, et à la suppression quasi-totale de la liberté d’expression, d’information et d’association.
Mourir de faim est le plus grand problème dans l’armée. Civils et militaires souffrent de malnutrition aggravée… Quand tu es au dernier degré de malnutrition, si tu manges, en moins de 10 minutes, tu défèques tout : l’anus s’ouvre, et manger ne t’aide pas. Tu ne peux plus rien pour cette personne. Lorsque l’anus est ouvert pendant une semaine, le corps enfle. Des suintements sortent par tous les pores

Joo-Il Kim, ancien capitaine dans l’armée

Exécutions sommaires

J’ai été le témoin de deux méthodes d’exécution. La première consiste à faire creuser par le prisonnier sa propre tombe. Après, on force celui-ci à rester debout devant sa tombe. Il est là, devant sa tombe, et il est incapable de voir ce qu’il se passe derrière lui. Le marteau est petit, en métal.
La seconde méthode consiste à faire venir le prisonnier dans le bureau, et à le faire assoir. Derrière se tiennent deux personnes qui tiennent une corde en caoutchouc. Elle fait environ un mètre de long. Vous le frappez avec, elle s’enroulera automatiquement autour de son cou. Ensuite, vous le tuez en serrant.
»

Un ancien gardien de camp

La communauté internationale ne doit plus rester les bras croisés devant ces crimes

La commission de l’ONU a exposé deux options afin de garantir que les responsables présumés de crimes contre l’humanité aient à rendre des comptes : que le Conseil de sécurité renvoie le dossier à la Cour pénale internationale ou que soit mis sur pied un tribunal spécial. La Chine, alliée de la Corée du Nord, a déjà déclaré qu’elle s’y refusait.
 La communauté internationale ne peut pas se permettre de rester inactive face à ces crimes qui dépassent l’entendement. Au regard des conclusions de la commission, il faut que le Conseil de sécurité aborde la question des droits humains aux côtés de la sécurité et de la paix lorsqu’il s’agit de la Corée du Nord »

Roseann Rife, directrice des recherches sur l’Asie de l’Est à Amnesty International.

La commission a exhorté la Corée du Nord à reconnaître les atteintes aux droits humains commises, notamment l’existence d’un vaste réseau de camps pour prisonniers politiques. Elle recommande également que la Chine et d’autres gouvernements cessent de renvoyer des personnes en Corée du Nord.
Aujourd’hui, des milliers de Nord-coréens sont réfugiés en Chine et vivent cachés, dans la terreur d’être renvoyés en Corée du Nord par les autorités chinoises : celles-ci ne leur garantissent aucune protection et empêchent les réfugiés de demander asile dans des pays tiers.

VOIR LA VIDEO (en anglais) :

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