Sommet franco-italien : l’unité ne doit pas se faire sur le dos des migrants

migrants à Lampedusa (c) AI
migrants à Lampedusa (c) AI

[26/04/2011]

AIF espère que, lors de ce Sommet, les deux chefs d’Etat ne chercheront pas à afficher une unité sur le dos des migrants et demandeurs d’asile et des pays voisins de la Libye, déjà en grande difficulté, ainsi qu’à bloquer les départs à partir de ces pays, notamment en renforçant l'agence européenne Frontex de coopération pour la sécurité aux frontières.

A l’occasion du Sommet franco-italien du 26 avril, Amnesty International France (AIF) s’est adressée à la présidence de la République et au ministère de l’Intérieur pour rappeler ses demandes de réinstaller en France des réfugiés en provenance de Libye et pour les informer sur ses recommandations adressées aux autorités italiennes.

Celles-ci incluent la nécessité de procéder à un examen attentif de la situation des personnes arrivant à Lampedusa et de renoncer aux expulsions sommaires collectives .


Le 5 avril, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, jugeait d’ailleurs déjà que « Frontex doit mieux organiser son dispositif de protection contre les venues irrégulières, un accord doit être recherché afin que la Tunisie lutte contre l’immigration irrégulière » . De même, le 8 avril, rencontrant son homologue italien à Milan, il décidait de l’organisation de patrouilles conjointes aériennes et navales sur les côtes tunisiennes dans le cadre de Frontex.


Ces derniers mois, en réaction aux arrivées accrues sur l'île de Lampedusa, les Etats membres n’ont cessé de chercher à fuir leurs responsabilités en renforçant leurs contrôles des frontières dans le centre de la Méditerranée, notamment en étendant la zone d'activités des opérations communes de Frontex Hermès et Poséidon et en prolongeant leur durée. Les communiqués de presse de Frontex égrènent froidement le nombre de nouveaux migrants recensés dans toute la zone couverte par ses opérations . 


Le 9 mars, AIF rappelait d’ailleurs que l’Union avait fermé les yeux pendant des années sur le terrible bilan de la Libye sur le plan des droits humains, tout en cherchant activement à obtenir la coopération du régime de Mouammar Kadhafi afin de juguler les flux de personnes arrivant en Europe en provenance d’Afrique, et que cela avait débouché sur des violations des droits fondamentaux de ces réfugiés, demandeurs d'asile et migrants.

Complément d’information
Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR), environ 450 000 personnes ont fui la Libye depuis le début du conflit. Seuls 800 Libyens arrivés à Malte ont fait l'objet d'annonce d'une prise en charge répartie entre cinq pays : la Suède, la Pologne, l'Allemagne, la Hongrie et la Belgique.


En mars et avril, AIF s’est adressée à plusieurs reprises aux autorités françaises, au ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, et au conseiller intérieur et immigration du président de la République pour rappeler que la Tunisie et l’Égypte doivent être soutenues pour l’accueil des centaines de milliers de personnes qui fuient la Libye et demander que la France prenne une part plus active dans la résolution de la crise humanitaire croissante.


Aucune réponse à nos courriers et à nos demandes d’échanges, notamment en regard de l’implication forte de la France dans l’opération Hermès de Frontex, ne nous est parvenue à ce jour.
AIF s’est adressée aux autorités françaises, notamment à l’occasion des deux réunions du Conseil des ministres de l’Immigration de l’Union européenne des 11 mars et 11 avril, en attirant particulièrement l’attention sur la nécessaire implication des Etats membres dans l’assistance aux personnes fuyant la Libye.

AIF rappelait ses recommandations aux Etats membres de veiller à ce que chaque personne fuyant la Libye se voie accorder un droit d’entrée à la frontière de tout pays qu’elle arrive à atteindre, d’aider les pays confrontés à l’arrivée de personnes en provenance de Libye à les accueillir et à répondre à leurs besoins de protection les plus immédiats et de répartir plus justement les responsabilités en termes d’aide et d’accueil des migrants et des demandeurs d’asile.