Nigéria : une expulsion forcée stoppée à Port Harcourt
[15/02/2012]
Des centaines de personnes vivant dans le bidonville de Railway Compound étaient sous la menace d’une expulsion forcée, annoncée le 6 février 2012 par le gouverneur de l’Etat de Rivers (Nigéria). En quelques jours, sous la pression conjointe d'actions Twitter, Facebook et de manifestations, le Commissaire au développement urbain de l'Etat a annoncé la suspension de l’expulsion afin d’examiner la situation.
Celui-ci avait fait cette annonce au cours d’une visite dans ce bidonville, déclarant que l’expulsion aurait lieu sous les sept jours.
Aucune consultation n’avait eu lieu avec les habitants au préalable, aucune notification écrite ne leur avait été remise, pas plus que des propositions de relogement ou d’indemnisation ne leur avaient été faite. L’expulsion était prévue pour le dimanche 12 février 2012. Le nombre exact d’habitants de ce bidonville n’est pas connu car aucun recensement n’y a été fait mais il est estimé à plus de 5 000 personnes. Ce bidonville comporte également une dizaine de petites écoles, ainsi que plusieurs petits commerces.
Mobilisation d’Amnesty International et des organisations locales
Des réunions ont eu lieu samedi 11 et dimanche 12 février 2012 entre les habitants du quartier, Amnesty International et des organisations nigérianes. Une manifestation a alors été programmée pour le dimanche 12 février 2012 afin de bloquer les bulldozers.
Veillée de militants d’AIFrance pour les habitants de Port Harcourt 10/10/2011 © Mickael SawyeDes actions Twitter et Facebook ont été lancées par plusieurs sections d’Amnesty International dans le monde (dont AI France) et ont inondé les comptes du gouverneur Amaechi.
Le lundi 13 février une autre manifestation a rassemblé les habitants du quartier afin de marquer la mobilisation contre l’expulsion, en présence de la presse locale. Une délégation composée de représentants d’Amnesty International, de partenaires associatifs et des habitants est allée rencontrer le Commissaire au développement urbain (réunion prévue avant l’annonce de l’expulsion).
Le Commissaire a alors annoncé la suspension de l’expulsion afin d’examiner la situation et d’entamer un dialogue avec les habitants, permettant d’explorer d’autres options, notamment pour le relogement.
Amnesty International va continuer a suivre la situation dans ce quartier et à Port Harcourt et a contribué à mettre en relation les habitants avec l’organisation SERAC qui est spécialisée en recours en justice pour les violations des droits économiques sociaux et culturels. SERAC devrait engager des poursuites pour exiger des compensations pour les habitants dont les maisons ont déjà été détruites (notamment le 27 janvier dernier).
Contexte
Plus de deux cent mille personnes vivant dans une quarantaine d’implantations informelles au bord de l’eau à Port Harcourt courent le risque d’être expulsées de force, de perdre leur logement et leurs moyens de subsistance si les autorités poursuivent leur programme de démolition de toutes les zones de ce type à Port Harcourt sans appliquer auparavant les garanties nécessaires à la protection des droits humains.
Au Nigéria, depuis l’an 2000, plus de deux millions de personnes ont été expulsées de force de chez elles. Des centaines de milliers d’autres sont toujours menacées. Ces expulsions visent généralement des personnes marginalisées, dont beaucoup ont vécu pendant des années sans eau potable ni installations sanitaires, sans pouvoir bénéficier de services de santé adaptés ou accéder à l’éducation.
Conformément au droit international, le Nigéria doit s’assurer que le droit à un logement convenable devienne une réalité. L’État doit s’abstenir de procéder à des expulsions forcées et empêcher cette pratique. Les habitants des berges ont le droit d’être consultés et de participer à l’élaboration des stratégies et des programmes liés au logement.
EN SAVOIR PLUS
- Lire le rapport d’Amnesty International :
"Les déplacer, c’est tout !" Expulsions forcées à Port Harcourt, Nigéria
Index AI : AFR 44/017/2010 - 28 octobre 2010
- Découvrez le site de soutien aux habitants de Port Harcourt (en anglais) et participez aux actions proposées : http://www.people-live-here.org/












