Roumanie : les familles Roms de la rue Coastei, expulsées de force et relogées dans l'indignité

Claudia, et son enfant, membres de la communauté rom réinstallée près d’une déch
Claudia, et son enfant, membres de la communauté rom réinstallée près d’une décharge, Cluj-Napoca, Roumanie, 6 octobre 2011. © J

[28/12/2012]

Le 17 décembre 2010, les autorités de Cluj-Napoca, au nord-ouest de la Roumanie, ont expulsé de force soixante-seize familles de la rue Coastei dans le centre-ville. Cette expulsion a été décidée sans qu’aucune solution alternative ne soit envisagée et sans aucune consultation des personnes concernées. La communauté visée, soit trois cent cinquante-six personnes, roms pour la plupart, n’a été informée qu’oralement, deux jours avant l’expulsion et n’a donc pas pu contester cette décision.

Quarante familles ont été relogées dans de nouvelles habitations en périphérie de la ville, dans le quartier de Pata Rât, situé près de la décharge municipale et d’une ancienne dé¬chetterie destinée aux produits chimiques.


Ce "nouveau Pata Rât" est situé sur une colline surplombant un campement rom établi depuis longtemps, où résident déjà un milliers de Roms dans des conditions inadaptées. Les nouveaux logements fournis ne sont pas conformes aux standards interna¬tionaux en matière de logement convenable : situation, habitabilité, équipements, infrastructures et disponibilité de services.
Les trente-six autres familles n’ont pas été relogées. Certaines auraient été autorisées à construire des cabanes improvisées près des nouvelles habitations, tandis que d’autres demeurent sans logement.

George, un membre de la communauté expulsée de force, témoigne :

J’ai honte des conditions dans lesquelles nous vivons. J’espérais que la municipalité nous aide et nous donne une chance, même si nous sommes Roms ; nous étions intégrés dans la société […] mais ils ne nous laissent pas l’être, ils nous mettent au ban.
Toutes les portes sont fermées, nous n’avons pas droit à la parole… ils nous ont dit quelque chose comme : « vous êtes des déchets, vous aimez les déchets », et c’est pour cela qu’ils nous ont mis à cet endroit [une déchetterie] ».

Les familles, auparavant bien intégrées à la vie de la ville, ont confié à Amnesty International que depuis leur expulsion forcée "leurs conditions de vie avaient reculé de trente ans". La poste, l’école, le marché et autres services sont éloignés de six à dix kilomètres de Pata Rât. L’accès à l’emploi et aux services publics, dont les services de santé, est difficile, l’arrêt de bus le plus proche se trouvant à plus de deux kilomètres.


Selon le Centre européen des droits des Roms, une ONG basée à Budapest, les problèmes de transport ont un impact négatif sur l’éducation, l’emploi et la situation économique des familles. Elles ont perdu leurs emplois formels et informels et leurs revenus ont diminué. Leur état de santé semble aussi s’être détérioré à cause d’une augmentation des maladies res¬piratoires, chez les jeunes enfants en particulier.


Le 15 novembre 2011, le Conseil national de lutte contre la discrimination, organisme de promotion de l’égalité en Roumanie, a estimé que la réinstallation des Roms de la rue Coastei dans un lieu proche d’une décharge constituait une pratique discriminatoire. Il a imposé une amende de 8 000 nouveaux lei (1 800 euros) aux autorités locales. Celles-ci ont contesté la décision, affirmant que l’expulsion n’avait aucun caractère discriminatoire et niant tout impact sur la vie des personnes concernées.

On compte près de 2,2 millions de Roms en Roumanie, soit 10 % environ de la population totale. Pourtant, la discrimination reste un problème largement répandu et profondément ancré dans les mentalités. Par ailleurs, 75 % des Roms vivent dans la pauvreté, contre 24 % pour l’ensemble de la population roumaine. Les répercussions de leur profonde marginalisation sur leur état de santé et sur leurs conditions de vie sont particulièrement graves.


Depuis 2006, les recherches menées par Amnesty International mettent en évidence les discriminations généralisées subies par la population rom en Roumanie et l’absence de volonté politique pour y remédier.